Homélie de la « Tous Saints »

par le Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,  nous célébrons la fête de la Toussaint, Tous -saint, l’horizon auquel nous sommes tous conviés par Dieu : les lectures de ce jour sont toutes portées par la thématique du « Regard ».
Dans la première lecture du Livre de l’Apocalypse « Révélation, dévoilement, » l’évangéliste Jean écrit aux croyants, soumis à la persécution sous l’empereur Domitien, 95 avant J.C. C’est une vision, une invitation à la contemplation de la Victoire générale de Dieu, l’apocalypse véhicule le message d’Espérance : Dieu sera victorieux de nos persécutions par le mérite du sang de Jésus Christ.
Nous voyons, dans cette vision, ceux qui sont concernés ; c’est tout le monde. Comme l’appel à la sainteté est universel, il est « foule immense que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues »… Personne n’est laissé sur le carreau, personne n’est exclu. Point n’est besoin d’envisager le chemin de sainteté  comme celui des méritants, des pieux et des initiés. Puisque nous l’avons lu dans la deuxième lecture de l’épître de Saint Jean, où il est encore question de regard : l a sainteté est une affaire d’amour ; «  voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes ».

Notre appel à la sainteté se situe dans le dessein d’amour de Dieu pour l’humanité et il s’effectue déjà à travers le baptême qui nous fait devenir des Enfants de Dieu. Comme chrétiens, comme baptisés, nous sommes appelés à la sainteté et promis à la plénitude de vie avec la contemplation de Dieu à la rencontre finale : « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté nous le serons, quand cela sera manifesté, nous Lui serons semblables car nous le verrons tel qu’Il est ».

Comment vivre plus concrètement cette vie de sainteté dans notre monde actuel ? Comment se définir chrétiens, partageant le projet d’amour et de sainteté de Dieu, dans un monde qui va résolument aux antipodes de Dieu et de son Eglise ?

Le texte de l’évangile de Matthieu de ce jour semble répondre à cette question. Il s’agit des Béatitudes, autrement dit Bonne Nouvelle. Mais pour entrer dans l’intelligence de ce texte, il est une fois de plus question du « regard » ou d’entrer dans la vision de Dieu sur le Bonheur.
D’ailleurs le mot « heureux » scandé à chaque Béatitude, n’est pas à comprendre comme tel, sinon ce serait choquant d’entendre le Christ nous dire « heureux ceux qui pleurent ». Puisque la souffrance, la maladie, le deuil, comme les larmes qui en découlent sont à combattre. Même si, comme le disait le Pape François, il existe ce qu’on appelle « le don des larmes », ce sont celles de la repentance (chez Pierre), celles de la compassion (dues à la mort, la souffrance d’un tiers).
Ici la plus grande Béatitude est sans doute celle-ci : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux ». La pauvreté dont il est question, est une qualité, une disposition intérieure, autrement dit : l’Esprit de pauvreté, qui nous dispose à tout recevoir de Dieu. Sur le chemin de la sainteté, nous avons besoin d’un cœur de pauvre, pour être à même de recevoir toutes les autres béatitudes, afin d’être doux, avoir faim et soif de justice, avoir un cœur pur, être pacifique et endurants dans les persécutions.
Et ce chemin de sainteté, recèle un travail sur soi, un renoncement à soi, le chemin de la sainteté n’est pas un fleuve tranquille. Il appartient à ceux qui persévèrent et qui sont faibles et pauvres devant Dieu. C’est le chemin de l’amour et de la fidélité. C’est pourquoi Jean dit dans sa vision de l’apocalypse en présentant les victorieux « ceux-là viennent de la grande épreuve, ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau ». La sainteté est à la fois une conquête et un don. Ainsi le « Heureux « des Béatitudes de ce jour, est un cri d’encouragement : en marche ! Tiens bon ! Garde le cap, tu as encore de la chance. Ce n’est pas l’expression du bonheur humain acquis dans le pouvoir, l’avoir, le savoir.