Homélie de la messe de la Sainte Famille

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

La Sainte Famille. Qu’est ce qui fait la sainteté de cette famille ?

La mère, Marie, s’est laissée entraîner par la volonté de Dieu. Sans se poser des questions, sans douter, elle a laissé la volonté de Dieu se réaliser en elle. Alors que Zacharie, le père de Jean, doute et devient sourd. 

Le père, Joseph, avait le projet de ne pas prendre Marie chez lui, en cachette, il s’est laissé entraîner par la volonté de Dieu, il renonce à son projet.

Le Fils lui, est la volonté même du Père céleste « Il n’est pas né d’une vo lonté charnelle ».

L’accomplissement de la volonté de Dieu fait d’eux de vrais nomades, et tout ce qui est hospitalier leur devient hostile. 

Les parents ne trouvent pas de place où mettre leur bébé. Désormais, ils deviennent migrants. Du coup, ils n’ont plus de terre. Ils sont des exilés, ils fuient la violence et la boulimie du pouvoir d’Hérode. L’Egypte, terre hostile devient terre d’hospitalité. Et la terre promise, devient terre de sang. Le monde est à l’envers.

La sainteté de cette famille vient du fait qu’elle accepte l’exil et change le regard sur la géographie spirituelle :

  • La terre promise devient une sorte d’Egypte,
  • La fraternité ne se joue plus sur les critères géographiques ou ethniques, mais sur le critère d’hospitalité ou d’hostilité.

La Sainte Famille a souvent été présentée de façon très réductrice : Papa, Maman et l’enfant. Et la fraternité en a subi un coup.

Or, si cette famille est présentée sans fratrie, c’est peut-être pour nous interroger davantage sur cette question : la fratrie. Il s’agit de passer de la fratrie plus réductrice à la fraternité plus inclusive. La fratrie n’exclut pas la fraternité. La fraternité enrichit la fratrie et la relativise. La Bible pose cette question de la fratrie dès ses premières pages. De Caïn à Abel à Joseph et ses frères en passant par Isaac et Ismaël, dont les droits ne sont pas reconnus, lui, fils de l’égyptienne Agar, mais aussi Jacob et Isaïe qui perdra ses prérogatives. Les histoires de fratrie se soldent toujours dans des sortes de rivalités fraternelles.

Dans notre monde qui se cherche et semble perdu, la famille reste la valeur sûre dans une culture et une civilisation essoufflée et marquée parfois par une sensibilité dépourvue de sagesse. Mais attention ! Les signaux d’alarme, qu’on entend ici et là,  risquent malheureusement d’enfermer la famille dans une conception corrosive et exclusive où seule la parentalité sera considérée alors que nos yeux doivent être rivés sur l’Enfant, dont la présence dans la crèche interroge nos relations, qui, en fin de compte nous invite à embrasser les hommes et les femmes de ce temps, comme frères et sœurs.
Fêter la Sainte Famille, c’est se laisser interpeller par ce Dieu qui se fait enfant pour nous inviter à prendre soin de la vie. De la vie qui est déjà donnée, mais aussi de la vie à naître. Défendre la vie à naître, en ignorant celle qui est déjà donnée, est une énorme contradiction, comme défendre la vie qui est donnée en ignorant celle à naître est une folie.
L’Enfant Jésus connaît l’exil dans les premiers jours de l’incarnation. Il se fait migrant et mendiant de la fraternité. La fuite en Egypte ne peut faire oublier les Saints Innocents massacrés à cause de l’arrogance du pouvoir.
Aujourd’hui, les Saints Innocents sont nombreux qui n’ont pas la chance d’avoir des Joseph protecteurs, qui n’ont pas d’Egypte pour les accueillir. Des Hérodes, il y en a aussi beaucoup. Ils reçoivent souvent notre soutien dans les massacres qu’ils perpétuent mais aussi dans leur entreprise à fabriquer des exilés, surtout en ce temps où des Egyptes hospitalières se font rares.

Une Sainte Famille se laisse surprendre par Dieu et se laisse faire.

Une Sainte Famille est en migration permanente dans la réalisation de la volonté de Dieu.

Une Sainte Famille ouvre ses portes à l’étranger de Bretagne aussi bien que de Tombouctou, sachant qu’il a plus de chance de trouver dans l’inconnu un frère plutôt qu’un adversaire.

Une Sainte Famille est une famille qui met le Christ au centre.

Mais c’est quoi, mettre le Christ au centre de la famille ?

Et s’Il s’invitait, saurions-nous Le reconnaître ?