Homélie de la messe de la nuit de Noël

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, 

La naissance de notre Sauveur Jésus Christ arrive dans une conjoncture assez particulière, faite de fracture sociale avec les revendications autours des questions de la retraite, ces dernières, avec les grèves menacent dangereusement ces vacances.
De part le monde, c’est le terrorisme qui bat son plein faisant des victimes de plus en plus nombreuses.

D’un point de vue environnemental, les pluies diluviennes et les vents violents, avec leurs conséquences néfastes sur la société, laissent de nombreux démunis, désemparés et impuissants.
Pourtant, il nous faut entendre le message de Noël, la naissance de cet Enfant Dieu, comme une grande lumière qui resplendit dans les ténèbres, comme un sujet de grande joie d’après la prophétie d’Isaïe.

Mais, la réalité contraste absolument avec le message véhiculé par Noël.
Comment penser que celui qui vient est bien nommé : Prince de la Paix, Dieu-Fort, Père à jamais, à travers tous les soubresauts que vit notre monde ?

D’ailleurs, le Signe de Noël est dérisoire. C’est celui de la naissance d’un enfant, « du Don d’un enfant » nous dit le prophète Isaïe. 

Dans l’évangile de Matthieu, le signe que cet enfant se laisse dévoiler à l’humanité, c’est le signe d’une simplicité et d’une pauvreté inouïe : « le Nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». C’est un nouveau-né, présenté dans sa fragilité, sa faiblesse. De plus il n’est pas accueilli selon son rang de Sauveur de l’humanité, puisqu’on pourrait dire qu’il squatte le réfectoire des bêtes : il était déposé dans une mangeoire.
Peuple de Dieu ! Frères et Sœurs dans le Seigneur ! Le message de Noël se dresse aux antipodes de la réalité de notre monde où le pouvoir, l’avoir et le savoir sont des réponses à toutes nos quêtes et conquêtes . Le pouvoir qui prend la forme de la violence, de l’exclusion, de la démesure. Ce qui est au cœur de toutes les querelles et les antagonismes, les jalousies et les disputes des hommes. Le Dieu qui vient à Noël ne s’impose pas, il se propose à tous dans sa finitude et sa fragilité.
Le prophète Isaïe, dans la première lecture, parle du signe du pouvoir qui est sur ses épaules. N’est ce pas là l’allusion à ses bras en croix et du mystère de la rédemption sur la croix où il étale ses bras, pour mourir pour son peuple. Même à travers sa rédemption, Jésus se présente à nous comme le vaincu, celui qui est mort mais que Dieu a relevé d’entre les morts.
Si Isaïe parle de l’insigne du pouvoir sur ses épaules, Matthieu le devine à travers l’enfant dans la mangeoire, signe d’humilité et de faiblesse, ce qui tranche nettement avec l’esprit du monde.
Nous comprenons alors pourquoi Dieu, qui s’incarne, n’est pas accueilli !

Matthieu dit « car il n’y avait pas de place dans la salle commune ». Notre Dieu, comme un SDF, a squatté le repaire, le réfectoire des bêtes, simplement parce qu’il nous appelle à nous décentrer, à nous humilier, pour mieux le deviner comme notre Seigneur et notre Sauveur. Aujourd’hui encore, nous ne trouvons pas de place pour accueillir dans nos cœurs, remplis de règlements de comptes, de jalousie, de haine, de volonté de puissance.
Oui, Jésus vient nous sauver, seul motif de la joie de Noël et seule raison de la lumière qui scintille à Noël.
Pourtant, nos cœurs fermés à nous-mêmes et aux autres, semblent ne pas l’appréhender dans le don total de lui-même et des autres, l’humilité et le service de Dieu et du frère.


Emmanuel, « Dieu avec nous », élargi l’espace de la tente de notre cœur

 et de notre vie, pour que nous t’accueillions vraiment 

et que la fête de Noël ne soit pas un rendez-vous manqué.