Homélie de la messe de l’Epiphanie du Seigneur

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

Il y a quelques années au catéchisme, nous apprenions que l’Epiphanie nous rappelait la fête du jour où « Jésus a voulu se faire connaître à tous les hommes ».

Une définition proche de l’acception grecque de ce mot qui renvoie à la manifestation : cette fête s’évalue en contraste saisissant. Jésus qui est né à Bethléem dans les conditions modestes, devant pour seuls compagnons des gens, des pasteurs juifs sentant l’odeur de leurs brebis, peu recommandables et rebuts de la société, devient le point de mire de l’univers. A travers les trois rois mages, Melchior, Balthazar et Gaspard,  la légende nous décrit que c’est toute l’humanité qui est convoquée par l’étoile (blancs, noirs et jaunes), c’est aussi l’intelligentsia de l’époque, les scientifiques et astronomes capables de se faire guider par l’étoile.

Jésus qui naît dans une mangeoire est bien reconnu comme le Messie qui vient sauver tout l’univers, comme en témoignent les cadeaux qui sont apportés :

  • l’or symbolise la royauté
  • l’encens qui se rapporte à sa divinité
  • et la myrrhe symbole de sa passion, sa souffrance et son sacrifice.

Enfin, le dernier contraste, c’est la démesure extrémiste du Roi Hérode qui en veut à un nourrisson. Il se renseigne sur le lieu de naissance et l’âge du Messie attendu. Cela n’est pas fortuit, en raison du carnage qu’il devait organiser après. (Je pense aux Saints Innocents).
En dépit des contrastes dont seul Dieu a la clef, la profondeur de ce mystère de l’Épiphanie tient aux enseignements qu’il véhicule. Nous en épinglons deux :

  1. Jésus veut se faire connaître de tous les hommes.

Dans la deuxième lecture, Saint-Paul, dit que « ce mystère c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au même partage de la même promesse dans le Christ Jésus …».

Oui, l’Enfant de Bethléem, invite à lui tout homme et tout l’homme. C’est pour l’humanité toute entière qu’il est venu. Au moyen de l’étoile qu’avait déjà annoncée le prophète Balaam : « je vois un astre sort de Jacob, un sceptre s’élève d’Israël… »(nb 24,17). Les rois mages, tous constitués de païens, c’est-à-dire des peuples étrangers au peuple de l’alliance, font le pèlerinage de Jérusalem pour venir adorer l’Enfant Dieu. Nous voyons aussi la centralité de Jérusalem, comme la ville où va scintiller la lumière qui éclairera toute l’humanité. Nous savons aussi que ces trois mages sont des scientifiques, ils tranchent nettement avec les simples bergers du jour de la naissance. A travers la fête de ce jour, nous nous rendons à l’évidence que « l’événement Jésus » dépasse la sphère du privé et le monopole d’Israël. L’Enfant Dieu est venu sauver tout l’homme et tout homme.

La fête de l’Epiphanie nous ouvre à la nouveauté de Jésus. Elle nous appelle à discerner l’étoile de l’accueil, de l’hospitalité, de la communion, de l’intégration, de l’amour qui conduit vers Lui, comme disciples de Jésus. Efforçons-nous à accueillir l’étranger, cet étranger, ce sont les chrétiens d’autres confessions que la nôtre, mais aussi chacun de nous dans ses différences et parfois ses divergences théologiques. Cet accueil ne doit pas se limiter à la sphère religieuse : l’accueil chaleureux doit caractériser chacune de nos relations sociales entre autres avec les marginaux, les sans abris et autres S.D.F., les immigrés, les homosexuels, les victimes de violences sans oublier les personnes en situation de handicap (tant mental que physique).

Discerner l’étoile qui mène à Jésus Christ, c’est aussi discerner la voix de l’évangile et de l’Eglise, devant la multiplicité des propositions et sirènes spirituelles que nous recevons du supermarché au religieux. C’est bânir le relativisme religieux où tout se vaut. Les bienfaits du yoga et zen sont vantés et assimilés à ceux que nous procure la célébration Eucharistique par exemple.2

      2.  Jésus veut être adoré reconnu et exalté 

Les trois rois mages de l’évangile sont conduits par l’étoile pour venir adorer l’Enfant-Dieu. Deux attitudes sont mises en valeur : le pèlerinage et les dons qu’ils apportent qui correspondent au sujet et à l’objet de leur adoration. L’or pour la Royauté, l’encens pour la Divinité et la myrrhe (sacrifice, passion, souffrance).
Adorer c’est donc et avant tout faire un pèlerinage (intérieur et extérieur), nous départir de nos schémas, de nos égos, de nos différences et divergences, c’est faire un pas vers l’autre ou le tout Autre et reconnaître sa vraie valeur à travers les dons. Qu’apportons-nous au Seigneur et à son Eglise ? Quel est notre or, c’est-à-dire ce que nous avons de précieux à lui partager ? Je pense à la qualité de notre vie de baptisé par exemple.

Quel est notre encens, c’est-à-dire ce qui entoure sa divinité ? Je pense à la qualité de notre vie de prière et de notre fraternité.

  Quelle est notre myrrhe, c’est-à-dire la qualité de nos sacrifices, de nos services, de notre ministère ?

Oui, Dieu nous aide à discerner l’étoile qui nous mène vers lui, 

  à travers son service et celui de nos frères les hommes.

Homélie de la messe de la Sainte Famille

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

La Sainte Famille. Qu’est ce qui fait la sainteté de cette famille ?

La mère, Marie, s’est laissée entraîner par la volonté de Dieu. Sans se poser des questions, sans douter, elle a laissé la volonté de Dieu se réaliser en elle. Alors que Zacharie, le père de Jean, doute et devient sourd. 

Le père, Joseph, avait le projet de ne pas prendre Marie chez lui, en cachette, il s’est laissé entraîner par la volonté de Dieu, il renonce à son projet.

Le Fils lui, est la volonté même du Père céleste « Il n’est pas né d’une vo lonté charnelle ».

L’accomplissement de la volonté de Dieu fait d’eux de vrais nomades, et tout ce qui est hospitalier leur devient hostile. 

Les parents ne trouvent pas de place où mettre leur bébé. Désormais, ils deviennent migrants. Du coup, ils n’ont plus de terre. Ils sont des exilés, ils fuient la violence et la boulimie du pouvoir d’Hérode. L’Egypte, terre hostile devient terre d’hospitalité. Et la terre promise, devient terre de sang. Le monde est à l’envers.

La sainteté de cette famille vient du fait qu’elle accepte l’exil et change le regard sur la géographie spirituelle :

  • La terre promise devient une sorte d’Egypte,
  • La fraternité ne se joue plus sur les critères géographiques ou ethniques, mais sur le critère d’hospitalité ou d’hostilité.

La Sainte Famille a souvent été présentée de façon très réductrice : Papa, Maman et l’enfant. Et la fraternité en a subi un coup.

Or, si cette famille est présentée sans fratrie, c’est peut-être pour nous interroger davantage sur cette question : la fratrie. Il s’agit de passer de la fratrie plus réductrice à la fraternité plus inclusive. La fratrie n’exclut pas la fraternité. La fraternité enrichit la fratrie et la relativise. La Bible pose cette question de la fratrie dès ses premières pages. De Caïn à Abel à Joseph et ses frères en passant par Isaac et Ismaël, dont les droits ne sont pas reconnus, lui, fils de l’égyptienne Agar, mais aussi Jacob et Isaïe qui perdra ses prérogatives. Les histoires de fratrie se soldent toujours dans des sortes de rivalités fraternelles.

Dans notre monde qui se cherche et semble perdu, la famille reste la valeur sûre dans une culture et une civilisation essoufflée et marquée parfois par une sensibilité dépourvue de sagesse. Mais attention ! Les signaux d’alarme, qu’on entend ici et là,  risquent malheureusement d’enfermer la famille dans une conception corrosive et exclusive où seule la parentalité sera considérée alors que nos yeux doivent être rivés sur l’Enfant, dont la présence dans la crèche interroge nos relations, qui, en fin de compte nous invite à embrasser les hommes et les femmes de ce temps, comme frères et sœurs.
Fêter la Sainte Famille, c’est se laisser interpeller par ce Dieu qui se fait enfant pour nous inviter à prendre soin de la vie. De la vie qui est déjà donnée, mais aussi de la vie à naître. Défendre la vie à naître, en ignorant celle qui est déjà donnée, est une énorme contradiction, comme défendre la vie qui est donnée en ignorant celle à naître est une folie.
L’Enfant Jésus connaît l’exil dans les premiers jours de l’incarnation. Il se fait migrant et mendiant de la fraternité. La fuite en Egypte ne peut faire oublier les Saints Innocents massacrés à cause de l’arrogance du pouvoir.
Aujourd’hui, les Saints Innocents sont nombreux qui n’ont pas la chance d’avoir des Joseph protecteurs, qui n’ont pas d’Egypte pour les accueillir. Des Hérodes, il y en a aussi beaucoup. Ils reçoivent souvent notre soutien dans les massacres qu’ils perpétuent mais aussi dans leur entreprise à fabriquer des exilés, surtout en ce temps où des Egyptes hospitalières se font rares.

Une Sainte Famille se laisse surprendre par Dieu et se laisse faire.

Une Sainte Famille est en migration permanente dans la réalisation de la volonté de Dieu.

Une Sainte Famille ouvre ses portes à l’étranger de Bretagne aussi bien que de Tombouctou, sachant qu’il a plus de chance de trouver dans l’inconnu un frère plutôt qu’un adversaire.

Une Sainte Famille est une famille qui met le Christ au centre.

Mais c’est quoi, mettre le Christ au centre de la famille ?

Et s’Il s’invitait, saurions-nous Le reconnaître ?

Homélie de la messe de la nuit de Noël

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, 

La naissance de notre Sauveur Jésus Christ arrive dans une conjoncture assez particulière, faite de fracture sociale avec les revendications autours des questions de la retraite, ces dernières, avec les grèves menacent dangereusement ces vacances.
De part le monde, c’est le terrorisme qui bat son plein faisant des victimes de plus en plus nombreuses.

D’un point de vue environnemental, les pluies diluviennes et les vents violents, avec leurs conséquences néfastes sur la société, laissent de nombreux démunis, désemparés et impuissants.
Pourtant, il nous faut entendre le message de Noël, la naissance de cet Enfant Dieu, comme une grande lumière qui resplendit dans les ténèbres, comme un sujet de grande joie d’après la prophétie d’Isaïe.

Mais, la réalité contraste absolument avec le message véhiculé par Noël.
Comment penser que celui qui vient est bien nommé : Prince de la Paix, Dieu-Fort, Père à jamais, à travers tous les soubresauts que vit notre monde ?

D’ailleurs, le Signe de Noël est dérisoire. C’est celui de la naissance d’un enfant, « du Don d’un enfant » nous dit le prophète Isaïe. 

Dans l’évangile de Matthieu, le signe que cet enfant se laisse dévoiler à l’humanité, c’est le signe d’une simplicité et d’une pauvreté inouïe : « le Nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». C’est un nouveau-né, présenté dans sa fragilité, sa faiblesse. De plus il n’est pas accueilli selon son rang de Sauveur de l’humanité, puisqu’on pourrait dire qu’il squatte le réfectoire des bêtes : il était déposé dans une mangeoire.
Peuple de Dieu ! Frères et Sœurs dans le Seigneur ! Le message de Noël se dresse aux antipodes de la réalité de notre monde où le pouvoir, l’avoir et le savoir sont des réponses à toutes nos quêtes et conquêtes . Le pouvoir qui prend la forme de la violence, de l’exclusion, de la démesure. Ce qui est au cœur de toutes les querelles et les antagonismes, les jalousies et les disputes des hommes. Le Dieu qui vient à Noël ne s’impose pas, il se propose à tous dans sa finitude et sa fragilité.
Le prophète Isaïe, dans la première lecture, parle du signe du pouvoir qui est sur ses épaules. N’est ce pas là l’allusion à ses bras en croix et du mystère de la rédemption sur la croix où il étale ses bras, pour mourir pour son peuple. Même à travers sa rédemption, Jésus se présente à nous comme le vaincu, celui qui est mort mais que Dieu a relevé d’entre les morts.
Si Isaïe parle de l’insigne du pouvoir sur ses épaules, Matthieu le devine à travers l’enfant dans la mangeoire, signe d’humilité et de faiblesse, ce qui tranche nettement avec l’esprit du monde.
Nous comprenons alors pourquoi Dieu, qui s’incarne, n’est pas accueilli !

Matthieu dit « car il n’y avait pas de place dans la salle commune ». Notre Dieu, comme un SDF, a squatté le repaire, le réfectoire des bêtes, simplement parce qu’il nous appelle à nous décentrer, à nous humilier, pour mieux le deviner comme notre Seigneur et notre Sauveur. Aujourd’hui encore, nous ne trouvons pas de place pour accueillir dans nos cœurs, remplis de règlements de comptes, de jalousie, de haine, de volonté de puissance.
Oui, Jésus vient nous sauver, seul motif de la joie de Noël et seule raison de la lumière qui scintille à Noël.
Pourtant, nos cœurs fermés à nous-mêmes et aux autres, semblent ne pas l’appréhender dans le don total de lui-même et des autres, l’humilité et le service de Dieu et du frère.


Emmanuel, « Dieu avec nous », élargi l’espace de la tente de notre cœur

 et de notre vie, pour que nous t’accueillions vraiment 

et que la fête de Noël ne soit pas un rendez-vous manqué.

Homélie du 4ème dimanche de l’Avent

Père Chris GOMA

4ème dimanche de l’Avent

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, alors que nous nous dirigeons lentement et sûrement vers les festivités de Noël, la liturgie de la parole ne cesse de nous présenter ce mystère, comme celui d’une fête de la famille.

Dans la première lecture, le nom que le prophète Isaïe donne au Messie qui vient est celui d’« Emmanuel », c’est-à-dire « Dieu avec nous », Dieu proche de nous. 

Oui, cet enfant qui vient est  à la fois Dieu et homme. L’article du Credo que nous allons récité l’atteste déjà : « Conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie » est la part de Dieu. Et comme homme, il est donc attribué à une famille. Dieu a prévu pour son fils la famille de David, il appartient à la descendance de David, comme nous l’avons lu dans la deuxième lecture, ce qui caractérise son lien avec Joseph, l’époux de Marie, et amène celui-ci à la mission d’être le père de l’enfant qui va naître.

Dans l’Evangile de ce jour, Mathieu nous rapporte l’annonciation à Joseph. Il faut la mettre en parallèle avec celle de Marie, où l’ange Gabriel était venu annoncer à Marie qu’elle serait la Mère du Sauveur. Elle avait dit « Oui » et son Oui a transformé l’histoire de l’humanité. On pourrait dire que Marie a éclaté son cœur à la dimension du monde, à la dimension du projet de Dieu.

Cependant Joseph, son époux devait être embarrassé par la grossesse de son épouse sous l’impulsion du Saint Esprit, car aux yeux de ses contemporains, c’était une preuve irréfutable et notoire de l’infidélité de celle-ci et comme telle, était punie de lapidation, jusqu’à ce que mort s’en suive. C’est ce que Joseph, comme « homme juste », autrement dit comme « ajusté, accordé à Dieu », se refuse de faire subir à sa dulcinée, Marie : « Il ne voulait pas la dénoncer publiquement et décider de la renvoyer en secret ». C’est donc muni de belles et bonnes dispositions intérieures, porté par le désir de protéger sa fiancée, de protéger l’enfant qui allait naître, même dans ce cas de flagrant délit, que Joseph est conforté par l’Ange, qui s’insère ainsi dans les dispositions intérieures de Joseph, dans son rôle d’époux et de père : « ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus ».

Cet épisode nous révèle la volonté divine de faire de l’incarnation d’un fils une vraie fête de famille où tous les acteurs sont comme impliqués. D’une part, Marie est consultée, en bonne et due forme et son consentement lui a été demandé, pour être la digne demeure de son fils et Joseph, d’autre part, va être un époux protecteur de la famille et père, car il possède la faculté de nommer ce nouveau-né, qui est descendant de David, c’est-à-dire membre à part entière de sa famille.

Peuple de Dieu ! À la faveur de Noël qui approche, je veux que nous demandions au Seigneur de visiter profondément nos familles respectives et de donner à chaque acteur engagé dans la vie de nos familles, quelque soit son rôle, la grâce de redécouvrir la noblesse de sa vocation. 

Que nos familles, de plus en plus, 

portent, engendrent, protègent et défendent la Vie . 

Et que Noël qui vient, irradie et illumine à jamais nos familles.

Voeux du Père Chris Goma

« Et le verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » Jean (1-14).

 Le mystère de Noël vient transfigurer nos vies et notre environnement. Dieu se fait frère.

Dieu se fait contemporain. Il épouse notre humanité avec ses limites, ses valeurs et  ses espérances. Il vient renouveler notre être et notre agir.

A travers la liturgie, Dieu nous invite à recevoir la Lumière et la Paix de Noël. Jésus, « Dieu sauve » vient, à la faveur de cette fête et à l’aube du nouvel an, semer dans notre communauté trois grains : La Communion, Le Service et l’Humilité.

Que nos eucharisties soient source de communion avec Dieu et nos frères. Que nos engagements ecclésiaux façonnent notre esprit de service et notre mutuelle estime. Que les crèches de nos églises soient pour tous une école d’humilité et d’effacement. Enfin, que la grâce et la Paix de Jésus deviennent, « Dieu avec nous » et nous accompagnent chaque jour de l’année 2020.

Avec nos meilleurs vœux. Père Chis GOMA.

3ème dimanche de l’Avent

Par le Père Chris Goma

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,  

En ce troisième dimanche de l’Avent, ou dimanche de la Joie, puisque, lentement mais sûrement, nous nous approchons de Noël, la liturgie poursuit sa méditation sur le personnage de Jean Le Baptiste, avec cette question qu’il fait poser à Jésus par ses disciples, alors qu’il est lui-même emprisonné par Hérode :  

«  Es-tu celui qui doit venir ou devons-en attendre un autre ? ».

Cette question traduit l’itinéraire de foi de celui que Jésus, dans l’Evangile de ce jour présente comme «le plus grand et le plus décisif des prophètes ».
Cette question recèle son impatience, comme la vôtre, lorsque il y a quelques mois vous attendiez la venue de votre Curé depuis juillet et qu’en ne le voyant pas venir vous vous demandiez « est-ce que c’est lui qui doit venir ou devons-nous attendre quelqu’un d’autre ? » car il n’est finalement arrivé qu’en septembre.

C’est la même chose : Jean Le Baptiste a prêché la venue du Seigneur, il est confronté à tout ce qu’on lui rapporte sur le « Messie » qu’il connaît pourtant bien, puisqu’il l’a baptisé, mais celui-ci par son agir et son discours se révélait particulier. Jésus, dans le sillage des prophètes se révèle comme le Messie qui viendrait délivrer Israël à travers ses guérisons, ses résurrections, les délivrances des captifs… Il est aussi celui qui se manifeste par sa proximité avec le peuple, à travers le choix parmi ses disciples d’hommes moins recommandables. A la différence des prophètes et de Jean qui étaient austères et ascétiques, Jésus se présente comme un « bon vivant libre » qui s’affiche avec n’importe qui et se nourrit de tout. Tout cela fait douter Jean Le Baptiste qui, dans son questionnement se demandait s’il ne s’était pas trompé de Messie et il veut se  faire sa propre opinion. Nous sommes surpris par la réponse de Jésus qui lui cite le prophète Isaï « Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la bonne nouvelle ».

Oui, Jésus a déjà commencé à manifester le salut annoncé par les prophètes en libérant l’homme de tous les maux qui le hantent. Jean Le Baptiste peut se rassurer. Jésus invite cependant Jean Le Baptiste à découvrir le vrai visage de Dieu, un Dieu au service de l’homme, de tout homme et de tout l’homme. C’est ce que le prophète Isaïe appelait déjà dans la première lecture « la revanche de Dieu », non pas une revanche contre l’homme mais contre le mal qui le gangrène. Jésus vient guérir le mal à la racine, Jésus vient guérir la cause du mal qui est le péché. 

Jésus, Emmanuel, c’est à dire Dieu avec nous, est celui que nous attendons à Noël à la suite de Jean Le Baptiste, Dieu qui partage la proximité de l’homme, dans toutes ses souffrances, dans toutes ses difficultés, puisque nous avons été créés à Son image et Sa ressemblance, il veut aussi se servir de nous pour faire advenir Son Règne sur terre.

«  Es-tu celui qui doit venir ou devons-en attendre un autre ? ».

Que devons-nous retenir ?  C’est par la qualité de notre attente que nous reconnaîtrons Celui qui vient. C’est Lui qui va nous guérir de nos aveuglements spirituels, de tout ce qui nous empêche de nous émerveiller devant la manifestation de la grâce de Dieu autour de nous et dans la vie de nos frères. C’est Jésus qui nous délivre de nos captivités qui s’appellent la haine, la jalousie et l’orgueil. C’est en Jésus que nous, les affamés, seront rassasiés par  à la Parole de Dieu.
C’est Lui qui vient déboucher nos oreilles, enfermées depuis des années, par ses messages de pardon, de réconciliation et de conversion.
De cette façon, comme l’a dit Jésus, Jean le prophète de tout temps, est certes le plus grand prophète, mais il n’était que le messager du message de Dieu qui le dépasse puisque le message c’est un homme : Jésus « le Verbe de Dieu fait chair ».
C’est donc avec nous, les plus petits dans le Royaume, que Jésus commence à travailler pour que cette fête de Noël ne soit pas un anniversaire, une fête parmi tant d’autres, mais une vraie fête de libération et de délivrance.

2ème Dimanche de l’Avent

Par le Père Chris Goma

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,  

Nous célébrons le deuxième dimanche de l’Avent.
La météo spirituelle de ce temps de grâce est réglée sur l’alerte, l’éveil et l’attente du Fils de Dieu.
Deux personnages, deux modèles nous sont proposés :

  • Jean Le Baptiste, le précurseur, c’est-à-dire celui qui court devant pour annoncer la venue du Messie
  • et Marie un peu vers la fin de l’Avent, c’est la fille de Sion qui a consenti à coopérer à l’Oeuvre de Dieu, en acceptant de porter le Germe Divin.

e dimanche est proprement consacré à la figure de Jean le baptiste. Cette figure est ainsi située dans la lignée prophétique depuis Isaïe.

Dans la première lecture, déjà au VIIIème siècle avant Jésus Christ, le prophète Isaïe parle de la venue du Messie que le peuple d’Israël attendait fiévreusement et du monde nouveau que Celui-ci devait venir inaugurer. C’est une parole pleine d’espérance et de dynamisme. Nous retenons que ce Messie devait naître de la famille de David. Il devait inaugurer un monde nouveau, qui est comme la reconquête du paradis perdu de la Genèse, c’est l’horizon du règne de l’innocence et de la pureté d’un monde de justice et de paix, monde pacifié, pacifique, et réconcilié. Les mots pour le décrire ne manquent pas, nous l’avons entendu dans l’Evangile : « le loup habitera avec l’agneau…. le léopard se couchera avec le chevreau…., l’enfant s’amusera sur le nid du cobra…… Il n’y aura plus de mal, ni de corruption sur toute la montagne sainte ». 

Et comme vous vous en doutez, Chers Frères et Sœurs, ce monde dont il est question, est aux antipodes de celui dans lequel nous vivons où la violence, le terrorisme, les égoïsmes et les fractures sociales sont manifestes. Le monde décrit par le prophète Isaïe est celui qu’au nom de notre foi nous espérons, nous attendons dans la joie à Noël.
Comment osons-nous penser ou vivre dans un tel monde, si nous ne faisons pas un travail préliminaire de catharsis, de toilettage sur nous ?

C’est dans cette optique, Chers Frères et Sœurs,  que nous devons comprendre l’Evangile de ce dimanche, à travers  la figure de Jean Le Baptiste, une figure précieuse. Le discours de Jean le Baptiste est dur, violent, exigeant. On peut dire qu’il se donne les moyens pour atteindre son but. Ne dit-on pas « aux grands maux les grands remèdes », pour revisiter le paradis perdu, reconquérir l’innocence, la pureté primordiale, n’est-ce pas un projet ambitieux ? La pédagogie de Jean Le Baptiste s’élabore en deux pistes : la prédication sur la conversion et le baptême de l’eau qui est le signe qui manifeste l’adhésion à la prédication et consacre ainsi le renouvellement de la vie.

Jean Le Baptiste appelle ses contemporains à la conversion dans l’acception du terme grecque « Métonia », changement de direction,  changement de cible, transformation de la vie. Devant l’imminence du Royaume des Cieux, la voix de Jean Le Baptiste se fait l’écho de celle dont, déjà en son temps le prophète Isaïe avait parlé, à savoir : « la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». C’est la voix du précurseur, c’est la voix de l’éclaireur. Et c’est la voix de tous les chrétiens en ce temps de l’Avent, dans ce monde où nous vivons l’Eglise, notre Eglise n’a plus besoin de faire nombre, mais de faire signe. Et ce signe n’est possible que dans le renouvellement de la vie, dans la cohérence entre l’être et la vie, dans la connivence entre le dire et le faire chrétien. Comme le disait si bien le Pape Saint Paul VI « notre monde a plus besoin de témoin que de maîtres, et lorsqu’ils suivent les maîtres c’est parce qu’ils sont devenus des témoins ». Le chemin de l’Avent est le chemin de conversion, le chemin du témoignage. L’insolence et l’exigence de Jean le Précurseur ne poursuit qu’un seul but : guérir le mal à la racine. Produisez donc un fruit digne de conversion. Il faut un travail de façonnement de soi, de renouvellement, de remodelage de notre identité de chrétien. Et cela demande de nous départir de nos acquis centenaires, de notre foi par tradition, de nos privilèges et nos égos. Nous avons entendu dans l’Evangile : « N’allez pas dire en vous-mêmes. Nous avons pour Père Abraham, car je vous dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ».

En ce sens, nous trouvons que Jean Le Baptiste, juif et essénien, est cohérent avec lui-même, ; nous avons appris qu’il vivait ce qu’il prêchait. Il était dans le désert vivant dans la sobriété et l’ascétisme : « ….. portait un vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir, il avait pour seule nourriture des sauterelles et du miel sauvage » : « Produisez donc des fruits dignes de votre conversion (….) tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu ».

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, c’est aujourd’hui, l’heure, l’heure est venue pour nous à travers ce temps de l’Avent, d’investir des chantiers  de la foi, de l’espérance et de la charité. Dieu seul sait à quel point nous sommes en panne de ces investissements. Ce temps de l’Avent nous est donné, Chers Frères et Sœurs, pour produire des fruits dans ce sens, pour renouveler nos vies, nos cœurs et notre monde. 

Car Celui qui vient est plus grand que nous. Il nous baptisera du feu et de l’Esprit, Il viendra pour nous juger. C’est maintenant…. C’est le moment… Comme disait Mgr CARRY « travaillons, travaillons, nous avons l’éternité pour nous reposer ».

Travaillons pour le renouvellement de notre vie, 

Travaillons pour le renouvellement de la face du monde,

Travaillons pour le renouvellement de la face de l’Eglise 

Car le Seigneur est proche et doit nous trouver prêts.

Solennité du Christ Roi

HOMELIE DU 3 NOVEMBRE 2019

Père Chris GOMA

24 Novembre 2019

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,  nous célébrons  la fête du Christ Roi de l’univers. C’est  le dernier dimanche du Temps Ordinaire de l’année liturgique C.  Dimanche prochain, nous entrerons déjà dans une nouvelle année liturgique  et dans un nouveau temps, le temps de l’Avent, prélude aux festivités de Noël. 

Christ Roi de l’univers,Christ qui règne sur tout, sur les hommes, sur le monde et sur l’histoire.

Pour entrer dans l’intelligence de ce mystère, nous méditons déjà la première lecture dans laquelle nous est présentée une grande figure de la bible, Le Roi David,. Le Christ sera bien appelé « Fils de David ».
Le Roi David est élu par Dieu et reconnu et accepté comme tel  par les hommes. Dans cet épisode que nous rapporte le prophète Samuel, c’est tout le peuple de Dieu réunit dans les douze tribus d’Israël qui vient le reconnaître comme Roi. C’est pour manifester aussi cette reconnaissance qu’est mentionnée la présence de  l’onction qu’il va recevoir. Cette onction  fait habiter sur le roi la plénitude de l’Esprit  de Dieu. Il devient par ce fait même, le Berger, de tout le peuple d’Israël, le Messie,  c’est-à-dire celui -là même qui a été choisi par Dieu  pour sauver son peuple. Le rôle assigné au Messie est sans doute celui  de l’unité du peuple de Dieu et de sa sécurité, c’est ce que  David n’a finalement pas entièrement accompli et c’est ce que l’on assignera à Jésus. 1000 ans après Dieu devait envoyer son Fils Jésus, appelé  « Fils de David » pour accomplir au milieu de Son Peuple ce rôle de Messie., le Sauveur du Peuple.

Dans la deuxième lecture, nous avons entendu, cette forme de profession de foi faite par Saint-Paul. Cette  synthèse du mystère de Dieu accompli en Jésus, plénitude de l’humanité, qu’il met en la personne de Jésus , il place Jésus au centre du monde et de l’histoire, c’est en Jésus que tout est récapitulé, c’est lui qui est le nouveau Messie, le nouveau Pasteur, et ce Roi de l’univers.

Pourtant il n’est pas évident de croire à la royauté de Jésus, surtout dans les termes qu’elle est entrain de  se décliner, notamment dans l’évangile de Saint-Luc, que nous avons eu la joie de méditer ce matin,  il y a une forte interpellation pour les gens qui doutent un peu de l’identité de Jésus, trois fois on lui pose la question « si tu es le Fils de Dieu, tu aurais pu faire ceci… », nous avons entendu cette question posée par le peuple d’Israël, par le soldat et par le condamné. Sa posture sur la croix, comme un condamné, comme un malfrat, froisse dangereusement l’image que ses contemporains se faisaient de lui.  Comment est-ce possible que le Messie puisse être crucifié ? ,  Comment le Roi de l’univers peut-il être incapable de se sauver ? 

En méditant ce matin  l’office des laudes, j’ai trouvé ces mots de l’hymne qui semblent correspondre à notre méditation de ce matin , il est dit ceci, en parlant de la royauté de Jésus : « Point de sceptre, par quoi tu domines sinon ta croix. Point d’autre force, sinon ta miséricorde, l’amour vainqueur est ton unique droit »

Aujourd’hui, nous sommes encore nombreux qui ne comprenons pas le mystère de la  Royauté du Christ, ou si nous la comprenons, nous la comprenons à la manière humaine . Comment comprendre  le Christ Roi de l’univers, alors que le mal, la souffrance et la maladie continuent à faire leur chemin dans ce monde ? Le règne, la royauté, comme nous le savons et le pensons sont faits de force, de puissance, et de gloire.  Mais la royauté du Christ qui se manifeste à travers sa croix est très loin de nous aider à entrer dans cette dimension là.  Le Christ règne dans notre cœur,  par son humilité, son amour et son pardon. L’autre condamné de l’Evangile l’a pressenti en lui demandant « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » et la réponse de Jésus a été formelle : « aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». Jésus nous donne    les clés du Royaume, cependant nous sommes libres de les prendre ou non, comme chrétiens, à travers notre baptême, nous faisons le pas vers ce royaume, en ce sens  que nous sommes déjà des citoyens du Ciel. Le chrétien est sur cette terre comme un migrant, un pèlerin, un passager. Nous sommes promis au Royaume de Dieu,dès ici bas. Nous avons des prémisses du Royaume de Dieu, puisque, comme le disait un certain théologien : « le Royaume de Dieu est  un déjà, pas encore là ».
Le Christ règne au cœur de l’humanité à travers le témoignage d’amour, de paix, de réconciliation et de pardon de chaque chrétien et de tout homme de bonne volonté. 

« Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». 

C’est par l’hygiène quotidienne de notre vie chrétienne que nous pouvons, déjà aujourd’hui, composer la partition du Royaume.

32ème Dimanche du Temps Ordinaire

HOMELIE DU 10 NOVEMBRE 2019

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, la question de la vie après la mort, bien que difficile à élucider, a toujours préoccupé les humains. Où vont les défunts ? Et qu’allons-nous devenir après notre mort ? Certains rejettent en bloc l’idée d’une vie après la mort, d’autres, selon leurs convictions de foi, tentent tant bien que mal de trouver une réponse :

Pour la mythologie grecque, les morts descendent aux enfers où ils vivent une existence terne ; le Shéol juif est le lieu de silence, d’oubli, de sommeil.

L’hindouisme enseigne la réincarnation dans d’autres êtres mortels jusqu’à atteindre le degré de purification permettant de rejoindre le Brahmâ. 

Sans réponse satisfaisante, l’au-delà devient pour les morts le lieu de projection des désirs inassouvis. Ainsi beaucoup n’hésitent pas à entrer dans la description du Paradis faite par le coran : Le paradis serait « un lieu où évolueront les élus, dans un splendide jardin arrosé de quatre fleuves, fleuve d’eau incorruptible, mais aussi fleuve de lait, fleuve de vin., fleuve de miel. Dans ce jardin Allah donnera aux élus pour épouses des houris aux grands yeux, vierges, aimantes et d’égale jeunesse ».
Ainsi chacun, selon son âge et son statut, se fait sa représentation.

Pour un enfant, le ciel pourrait être une salle de jeu où on pourra, sans payer, passer le temps en mangeant des glaces.
Pour le pauvre affamé, naturellement ce sera un lieu pour se nourrir. 

Pour de nombreux chrétiens l’au-delà est le lieu où l’on reçoit une récompense méritée, c’est-à-dire une sorte de rattrapage des manques terrestres : on a l’occasion d’avoir le bonheur que l’on n’a pas eu la chance de goûter ici-bas.

Peuple de Dieu ! Puisqu’il nous est impossible de tout connaître de l’au-delà, qui relève des prérogatives divines, il est sage de revenir sur terre pour nous en tenir à la parole de Dieu : « tu est un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourrons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle ».

Les sept frères, devant la persécution du roi Antiocos, acceptent de mourir par fidélité à la loi du Seigneur, convaincus que Dieu est le Dieu de la vie et qu’il n’abandonnera pas à la mort ceux qui lui sont restés fidèles. Remarquons dans la lecture, la première déclaration d’une vie après la mort, n’est pas une description, c’est une profession de foi en la résurrection, qui, jusqu’au temps de Jésus, suscitait contestation.

Les pharisiens croyaient en cela, tandis que les sadducéens n’y croyaient pas. On peut être un bon juif sans croire en la résurrection des morts. Dans l’évangile, à la question des sadducéens à son égard, Jésus rétorque : « vous êtes complètement dans l’erreur ». L’erreur c’est de concevoir la vie après la mort comme un prolongement, continuité ou même une réplique de la vie terrestre. La terre n’est qu’un lieu de transit, une école de formation pour fils de l’éternité. Nous ne sommes pas faits pour nous établir sur la terre quel que ce soit ce que nous avons acquis.
Pour les chrétiens la vraie vie se trouve ailleurs, mais cet ailleurs n’est pas dans un lieu, c’est un état.

Peuple de Dieu ! Le Christ nous renseigne que le ciel, le paradis est donc un état de bonheur, de communion avec Dieu, à tel point que nos désirs, liés à notre finitude, seront comblés en Dieu et de Dieu ; ceux qui seront jugés dignes d’avoir part au monde à venir, seront semblables aux anges, ils auront un point commun : ils ne peuvent plus mourir : ils seront des fils de Dieu en étant héritiers de la résurrection. C’est la certitude que nous avons de la part de Notre Seigneur Jésus Christ, le Christ parle de « ceux qui seront jugés dignes d’avoir part au monde à venir », c’est-à-dire que ce ne sera pas un recrutement de masse, sans critères. Le critère « évites le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche la » (psaume 22).

Pour avoir la vie éternelle, il faut s’entraîner dès ici-bas à vivre selon les vertus du Royaume ; vivre d’amour, être pacifique ; chacun de nous peut déjà avoir son billet pour le ciel, il suffit seulement de le garder soigneusement et de ne pas le perdre.

Les sept frères martyrs et leur mère, dans la première lecture, devant l’adversité et la persécution, ont refusé d’échanger, ni de brader leur ticket, ils ont tenu bon par la force de Dieu. Et, comme l’a dit Saint-Paul, dans l’Épître aux Thessaloniciens que nous avons médité ce matin :

 « prions pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais »

Amen.  

31ème Dimanche du Temps Ordinaire

HOMELIE DU 3 NOVEMBRE 2019

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, l’épisode de Zaché, que nous relate l’évangéliste Luc de ce dimanche, nous renseigne sur l’amour incommensurable de notre Dieu pour chaque homme. Il nous décrit aussi l’itinéraire spirituel d’un renégat, racheté par cet amour là.
Nous sommes attentifs d’emblée à sa quête, c’est celle de tout homme. Si Zaché, comme chef des collecteurs d’impôt est un publicain,  c’est-à-dire un pécheur public, une personne peu recommandable, exclu de ses contemporains à cause de deux griefs principaux qui étaient portés à l’encontre des gens de cette caste qu’étaient les publicains du temps de Jésus .

Le premier grief : la Palestine de Jésus étant sous occupation romaine, les collecteurs d’impôt travaillaient  avec l’occupant romain et à ce titre étaient des collabos, des traîtres, ils travaillaient contre leur peuple et à ce titre, justement, n’étaient pas bien vus par le reste du peuple. 

Le deuxième grief c’est la malhonnêteté dont étaient affublés les gens de cet acabit, qui avaient quelques relations avec l’argent.  il est dit de lui qu’il cherchait à voir Jésus malgré sa condition.
Il y a en lui des pierres d’attente qui lui font désirer Dieu.

Cela me rappelle les paroles de Saint-Augustin : « Tu nous a fait, Seigneur,  pour toi et notre cœur est sans cesse inquiet tant qu’il ne repose en toi ». 

La quête de Zaché, c’est la quête de tout homme. Une quête parfois confuse, parfois diffuse, une quête consciente et inconsciente. Une quête par tradition ou par conviction. On va de l’avant, on va à tâtons, on va à reculons. Dieu se sert de tout pour nous faire marcher à sa suite…. Dieu nous prend là où nous sommes pour faire route avec nous.
De plus, Zaché prend conscience de ses limites dans cette marche vers le Christ : le mot « Foule » symbolise ici toutes les voix discordantes qui empêchent de goûter à la symphonie éternelle de Dieu. La « Foule » c’est l’expression de tout ce qui tire l’homme vers le bas, qui l’empêche de s’élever aux dimensions de Dieu.
Chacun de nous fait cette expérience sur le chemin de foi : les persécutions, les incompréhensions, les oppositions sont de cet ordre. En terme spirituel on parlera de la croix.  La vie spirituelle, disons l’ascension dans la vie spirituelle n’est pas exempte de croix. La « Foule » c’est tout ce que le supermarché du religieux nous propose comme produits. On s’y perd, tout se vaut : faire du yoga peut équivaloir à prendre un temps devant le Saint Sacrement, etc…

La deuxième limite dont Zaché prend conscience, c’est la « petite taille » : Zaché prend conscience de ses limites et de ses faiblesses. On ne va pas vers Dieu avec sa carapace, on est dépouillé ; la « petite taille » symbole de  l’esprit de pauvreté, de la pauvreté du cœur, de la faiblesse, de la vacuité intérieure qui a besoin d’être comblée par Dieu.

C’est donc à cause de son réalisme que Zaché peut prendre tous les moyens pour aller vers Jésus, il monte sur un « sycomore ». La quête de Dieu doit nous conduire à nous élever, à prendre de la distance avec tout ce qui nous retient vers le bas.  Le « sycomore » ici, est apparenté à tout ce que nous prenons comme engagement pour nous disposer, pour nous faire entrer en contact avec Jésus. Je peux citer les « sycomores » des temps modernes : la prière, la messe, la vie spirituelle , le service du frère, le service des pauvres, la Parole de Dieu, le salut au Saint Sacrement,  et j’en passe.  Autant d’ascenseurs qui nous élèvent à Dieu, qui nous font contempler la face du Christ. Quel est ton sycomore ? Qu’est-ce qui t’aide à avancer dans la vie spirituelle, à t’élever aux sphères célestes ?

Zaché, qui se donne les moyens pour rencontrer Jésus, se rend compte que le Christ l’avait deviné avant: « Zaché, descends vite, aujourd’hui je dois demeurer dans ta maison ». C’est cette réalité que nous avons à savoir : tous nos efforts spirituels, tous nos engagements pour Jésus et pour l’homme, n’ont pas pour but de nous faire vivre une vie éthérée loin de la réalité. La vie spirituelle, la vie en Christ, doit nous disposer à descendre pour investir l’ordre temporel de la présence et de l’action de Dieu. C’est le symbole de « Allez dans la paix du Christ » qui  sera donné à la fin de chaque messe. C’est dans la mission que nous avons à partager tout ce que nous recevons dans chaque Eucharistie.
Jésus va chez Zaché, le publicain, cela indigne ses contemporains, mais c’est pourtant le signe de la miséricorde, le signe de l’amour infini de Dieu, qui ne catégorise pas, qui ne diabolise pas l’homme, Il lui donne toujours la chance de rebondir.
Zaché, le honni des hommes, pourtant aimé de Dieu, c’est l’itinéraire de chacun de nous dans le domaine de la foi ; et quand on a compris cela on fait comme lui : « Voici, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et si j’ai fait du tord à quelqu’un, je vais lui rendre au centuple ». A travers ces paroles fortes, Zaché prend la résolution de réparer ses crimes. On ne peut pas rencontrer Jésus et rester le même. La vie en Dieu nous transfigure, nous renouvelle, c’est la conversion. La conversion passe aussi par la réparation, c’est une question de justice. Dieu justifie Zaché le publicain lui à son tour rend justice à tous ceux qu’il a offensés.

Dieu t’aime, Dieu nous aime