Solennité du Christ Roi

HOMELIE DU 3 NOVEMBRE 2019

Père Chris GOMA

24 Novembre 2019

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,  nous célébrons  la fête du Christ Roi de l’univers. C’est  le dernier dimanche du Temps Ordinaire de l’année liturgique C.  Dimanche prochain, nous entrerons déjà dans une nouvelle année liturgique  et dans un nouveau temps, le temps de l’Avent, prélude aux festivités de Noël. 

Christ Roi de l’univers,Christ qui règne sur tout, sur les hommes, sur le monde et sur l’histoire.

Pour entrer dans l’intelligence de ce mystère, nous méditons déjà la première lecture dans laquelle nous est présentée une grande figure de la bible, Le Roi David,. Le Christ sera bien appelé « Fils de David ».
Le Roi David est élu par Dieu et reconnu et accepté comme tel  par les hommes. Dans cet épisode que nous rapporte le prophète Samuel, c’est tout le peuple de Dieu réunit dans les douze tribus d’Israël qui vient le reconnaître comme Roi. C’est pour manifester aussi cette reconnaissance qu’est mentionnée la présence de  l’onction qu’il va recevoir. Cette onction  fait habiter sur le roi la plénitude de l’Esprit  de Dieu. Il devient par ce fait même, le Berger, de tout le peuple d’Israël, le Messie,  c’est-à-dire celui -là même qui a été choisi par Dieu  pour sauver son peuple. Le rôle assigné au Messie est sans doute celui  de l’unité du peuple de Dieu et de sa sécurité, c’est ce que  David n’a finalement pas entièrement accompli et c’est ce que l’on assignera à Jésus. 1000 ans après Dieu devait envoyer son Fils Jésus, appelé  « Fils de David » pour accomplir au milieu de Son Peuple ce rôle de Messie., le Sauveur du Peuple.

Dans la deuxième lecture, nous avons entendu, cette forme de profession de foi faite par Saint-Paul. Cette  synthèse du mystère de Dieu accompli en Jésus, plénitude de l’humanité, qu’il met en la personne de Jésus , il place Jésus au centre du monde et de l’histoire, c’est en Jésus que tout est récapitulé, c’est lui qui est le nouveau Messie, le nouveau Pasteur, et ce Roi de l’univers.

Pourtant il n’est pas évident de croire à la royauté de Jésus, surtout dans les termes qu’elle est entrain de  se décliner, notamment dans l’évangile de Saint-Luc, que nous avons eu la joie de méditer ce matin,  il y a une forte interpellation pour les gens qui doutent un peu de l’identité de Jésus, trois fois on lui pose la question « si tu es le Fils de Dieu, tu aurais pu faire ceci… », nous avons entendu cette question posée par le peuple d’Israël, par le soldat et par le condamné. Sa posture sur la croix, comme un condamné, comme un malfrat, froisse dangereusement l’image que ses contemporains se faisaient de lui.  Comment est-ce possible que le Messie puisse être crucifié ? ,  Comment le Roi de l’univers peut-il être incapable de se sauver ? 

En méditant ce matin  l’office des laudes, j’ai trouvé ces mots de l’hymne qui semblent correspondre à notre méditation de ce matin , il est dit ceci, en parlant de la royauté de Jésus : « Point de sceptre, par quoi tu domines sinon ta croix. Point d’autre force, sinon ta miséricorde, l’amour vainqueur est ton unique droit »

Aujourd’hui, nous sommes encore nombreux qui ne comprenons pas le mystère de la  Royauté du Christ, ou si nous la comprenons, nous la comprenons à la manière humaine . Comment comprendre  le Christ Roi de l’univers, alors que le mal, la souffrance et la maladie continuent à faire leur chemin dans ce monde ? Le règne, la royauté, comme nous le savons et le pensons sont faits de force, de puissance, et de gloire.  Mais la royauté du Christ qui se manifeste à travers sa croix est très loin de nous aider à entrer dans cette dimension là.  Le Christ règne dans notre cœur,  par son humilité, son amour et son pardon. L’autre condamné de l’Evangile l’a pressenti en lui demandant « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » et la réponse de Jésus a été formelle : « aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». Jésus nous donne    les clés du Royaume, cependant nous sommes libres de les prendre ou non, comme chrétiens, à travers notre baptême, nous faisons le pas vers ce royaume, en ce sens  que nous sommes déjà des citoyens du Ciel. Le chrétien est sur cette terre comme un migrant, un pèlerin, un passager. Nous sommes promis au Royaume de Dieu,dès ici bas. Nous avons des prémisses du Royaume de Dieu, puisque, comme le disait un certain théologien : « le Royaume de Dieu est  un déjà, pas encore là ».
Le Christ règne au cœur de l’humanité à travers le témoignage d’amour, de paix, de réconciliation et de pardon de chaque chrétien et de tout homme de bonne volonté. 

« Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». 

C’est par l’hygiène quotidienne de notre vie chrétienne que nous pouvons, déjà aujourd’hui, composer la partition du Royaume.

32ème Dimanche du Temps Ordinaire

HOMELIE DU 10 NOVEMBRE 2019

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, la question de la vie après la mort, bien que difficile à élucider, a toujours préoccupé les humains. Où vont les défunts ? Et qu’allons-nous devenir après notre mort ? Certains rejettent en bloc l’idée d’une vie après la mort, d’autres, selon leurs convictions de foi, tentent tant bien que mal de trouver une réponse :

Pour la mythologie grecque, les morts descendent aux enfers où ils vivent une existence terne ; le Shéol juif est le lieu de silence, d’oubli, de sommeil.

L’hindouisme enseigne la réincarnation dans d’autres êtres mortels jusqu’à atteindre le degré de purification permettant de rejoindre le Brahmâ. 

Sans réponse satisfaisante, l’au-delà devient pour les morts le lieu de projection des désirs inassouvis. Ainsi beaucoup n’hésitent pas à entrer dans la description du Paradis faite par le coran : Le paradis serait « un lieu où évolueront les élus, dans un splendide jardin arrosé de quatre fleuves, fleuve d’eau incorruptible, mais aussi fleuve de lait, fleuve de vin., fleuve de miel. Dans ce jardin Allah donnera aux élus pour épouses des houris aux grands yeux, vierges, aimantes et d’égale jeunesse ».
Ainsi chacun, selon son âge et son statut, se fait sa représentation.

Pour un enfant, le ciel pourrait être une salle de jeu où on pourra, sans payer, passer le temps en mangeant des glaces.
Pour le pauvre affamé, naturellement ce sera un lieu pour se nourrir. 

Pour de nombreux chrétiens l’au-delà est le lieu où l’on reçoit une récompense méritée, c’est-à-dire une sorte de rattrapage des manques terrestres : on a l’occasion d’avoir le bonheur que l’on n’a pas eu la chance de goûter ici-bas.

Peuple de Dieu ! Puisqu’il nous est impossible de tout connaître de l’au-delà, qui relève des prérogatives divines, il est sage de revenir sur terre pour nous en tenir à la parole de Dieu : « tu est un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourrons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle ».

Les sept frères, devant la persécution du roi Antiocos, acceptent de mourir par fidélité à la loi du Seigneur, convaincus que Dieu est le Dieu de la vie et qu’il n’abandonnera pas à la mort ceux qui lui sont restés fidèles. Remarquons dans la lecture, la première déclaration d’une vie après la mort, n’est pas une description, c’est une profession de foi en la résurrection, qui, jusqu’au temps de Jésus, suscitait contestation.

Les pharisiens croyaient en cela, tandis que les sadducéens n’y croyaient pas. On peut être un bon juif sans croire en la résurrection des morts. Dans l’évangile, à la question des sadducéens à son égard, Jésus rétorque : « vous êtes complètement dans l’erreur ». L’erreur c’est de concevoir la vie après la mort comme un prolongement, continuité ou même une réplique de la vie terrestre. La terre n’est qu’un lieu de transit, une école de formation pour fils de l’éternité. Nous ne sommes pas faits pour nous établir sur la terre quel que ce soit ce que nous avons acquis.
Pour les chrétiens la vraie vie se trouve ailleurs, mais cet ailleurs n’est pas dans un lieu, c’est un état.

Peuple de Dieu ! Le Christ nous renseigne que le ciel, le paradis est donc un état de bonheur, de communion avec Dieu, à tel point que nos désirs, liés à notre finitude, seront comblés en Dieu et de Dieu ; ceux qui seront jugés dignes d’avoir part au monde à venir, seront semblables aux anges, ils auront un point commun : ils ne peuvent plus mourir : ils seront des fils de Dieu en étant héritiers de la résurrection. C’est la certitude que nous avons de la part de Notre Seigneur Jésus Christ, le Christ parle de « ceux qui seront jugés dignes d’avoir part au monde à venir », c’est-à-dire que ce ne sera pas un recrutement de masse, sans critères. Le critère « évites le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche la » (psaume 22).

Pour avoir la vie éternelle, il faut s’entraîner dès ici-bas à vivre selon les vertus du Royaume ; vivre d’amour, être pacifique ; chacun de nous peut déjà avoir son billet pour le ciel, il suffit seulement de le garder soigneusement et de ne pas le perdre.

Les sept frères martyrs et leur mère, dans la première lecture, devant l’adversité et la persécution, ont refusé d’échanger, ni de brader leur ticket, ils ont tenu bon par la force de Dieu. Et, comme l’a dit Saint-Paul, dans l’Épître aux Thessaloniciens que nous avons médité ce matin :

 « prions pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais »

Amen.  

31ème Dimanche du Temps Ordinaire

HOMELIE DU 3 NOVEMBRE 2019

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, l’épisode de Zaché, que nous relate l’évangéliste Luc de ce dimanche, nous renseigne sur l’amour incommensurable de notre Dieu pour chaque homme. Il nous décrit aussi l’itinéraire spirituel d’un renégat, racheté par cet amour là.
Nous sommes attentifs d’emblée à sa quête, c’est celle de tout homme. Si Zaché, comme chef des collecteurs d’impôt est un publicain,  c’est-à-dire un pécheur public, une personne peu recommandable, exclu de ses contemporains à cause de deux griefs principaux qui étaient portés à l’encontre des gens de cette caste qu’étaient les publicains du temps de Jésus .

Le premier grief : la Palestine de Jésus étant sous occupation romaine, les collecteurs d’impôt travaillaient  avec l’occupant romain et à ce titre étaient des collabos, des traîtres, ils travaillaient contre leur peuple et à ce titre, justement, n’étaient pas bien vus par le reste du peuple. 

Le deuxième grief c’est la malhonnêteté dont étaient affublés les gens de cet acabit, qui avaient quelques relations avec l’argent.  il est dit de lui qu’il cherchait à voir Jésus malgré sa condition.
Il y a en lui des pierres d’attente qui lui font désirer Dieu.

Cela me rappelle les paroles de Saint-Augustin : « Tu nous a fait, Seigneur,  pour toi et notre cœur est sans cesse inquiet tant qu’il ne repose en toi ». 

La quête de Zaché, c’est la quête de tout homme. Une quête parfois confuse, parfois diffuse, une quête consciente et inconsciente. Une quête par tradition ou par conviction. On va de l’avant, on va à tâtons, on va à reculons. Dieu se sert de tout pour nous faire marcher à sa suite…. Dieu nous prend là où nous sommes pour faire route avec nous.
De plus, Zaché prend conscience de ses limites dans cette marche vers le Christ : le mot « Foule » symbolise ici toutes les voix discordantes qui empêchent de goûter à la symphonie éternelle de Dieu. La « Foule » c’est l’expression de tout ce qui tire l’homme vers le bas, qui l’empêche de s’élever aux dimensions de Dieu.
Chacun de nous fait cette expérience sur le chemin de foi : les persécutions, les incompréhensions, les oppositions sont de cet ordre. En terme spirituel on parlera de la croix.  La vie spirituelle, disons l’ascension dans la vie spirituelle n’est pas exempte de croix. La « Foule » c’est tout ce que le supermarché du religieux nous propose comme produits. On s’y perd, tout se vaut : faire du yoga peut équivaloir à prendre un temps devant le Saint Sacrement, etc…

La deuxième limite dont Zaché prend conscience, c’est la « petite taille » : Zaché prend conscience de ses limites et de ses faiblesses. On ne va pas vers Dieu avec sa carapace, on est dépouillé ; la « petite taille » symbole de  l’esprit de pauvreté, de la pauvreté du cœur, de la faiblesse, de la vacuité intérieure qui a besoin d’être comblée par Dieu.

C’est donc à cause de son réalisme que Zaché peut prendre tous les moyens pour aller vers Jésus, il monte sur un « sycomore ». La quête de Dieu doit nous conduire à nous élever, à prendre de la distance avec tout ce qui nous retient vers le bas.  Le « sycomore » ici, est apparenté à tout ce que nous prenons comme engagement pour nous disposer, pour nous faire entrer en contact avec Jésus. Je peux citer les « sycomores » des temps modernes : la prière, la messe, la vie spirituelle , le service du frère, le service des pauvres, la Parole de Dieu, le salut au Saint Sacrement,  et j’en passe.  Autant d’ascenseurs qui nous élèvent à Dieu, qui nous font contempler la face du Christ. Quel est ton sycomore ? Qu’est-ce qui t’aide à avancer dans la vie spirituelle, à t’élever aux sphères célestes ?

Zaché, qui se donne les moyens pour rencontrer Jésus, se rend compte que le Christ l’avait deviné avant: « Zaché, descends vite, aujourd’hui je dois demeurer dans ta maison ». C’est cette réalité que nous avons à savoir : tous nos efforts spirituels, tous nos engagements pour Jésus et pour l’homme, n’ont pas pour but de nous faire vivre une vie éthérée loin de la réalité. La vie spirituelle, la vie en Christ, doit nous disposer à descendre pour investir l’ordre temporel de la présence et de l’action de Dieu. C’est le symbole de « Allez dans la paix du Christ » qui  sera donné à la fin de chaque messe. C’est dans la mission que nous avons à partager tout ce que nous recevons dans chaque Eucharistie.
Jésus va chez Zaché, le publicain, cela indigne ses contemporains, mais c’est pourtant le signe de la miséricorde, le signe de l’amour infini de Dieu, qui ne catégorise pas, qui ne diabolise pas l’homme, Il lui donne toujours la chance de rebondir.
Zaché, le honni des hommes, pourtant aimé de Dieu, c’est l’itinéraire de chacun de nous dans le domaine de la foi ; et quand on a compris cela on fait comme lui : « Voici, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et si j’ai fait du tord à quelqu’un, je vais lui rendre au centuple ». A travers ces paroles fortes, Zaché prend la résolution de réparer ses crimes. On ne peut pas rencontrer Jésus et rester le même. La vie en Dieu nous transfigure, nous renouvelle, c’est la conversion. La conversion passe aussi par la réparation, c’est une question de justice. Dieu justifie Zaché le publicain lui à son tour rend justice à tous ceux qu’il a offensés.

Dieu t’aime, Dieu nous aime

Commémoration des défunts

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,  il y a quelques années , j’étais alors étudiant à Bordeaux au Séminaire. Nous avions résolu de faire un tour, avec un ami Prêtre, le Père Jacques Vrignault et son aîné au Pique d’Ossou pour skier. En passant dans un village, le Père Jacques, était heureux de me dire « Chris, tant qu’à faire, je suis du même village que le Cardinal Pierre Eyt, il a été inhumé ici, nous allons nous recueillir sur sa tombe. Cette proposition m’enthousiasmait puisque c’est le Cardinal Pierre Eyt qui m’avait accueilli sur Bordeaux. Mon enthousiasme a été malheureusement stoppé par une réponse glaciale et péremptoire de son aîné « Jacques, il n’y a pas d’intérêt à partir se recueillir ». Derrière cette réponse se pose pour moi et pour vous tous aujourd’hui, 2 Novembre, célébration des défunts, une question importante : à quoi sert la prière pour les morts ? Toutes les cérémonies des obsèques qui remplissent l’agenda paroissial de notre église ? A quoi servent les bougies, les fleurs, le recueillement dans les cimetières, comme nous venons de le faire ? Les demandes de messes pour les défunts ? En un mot : est-ce qu’il y a « un intérêt » à tout ce récital  de cérémonies funèbres qui peuplent nos liturgies ?

Dans les textes de ce jour, nous pouvons trouver quelques bribes  de réponse. La prière et le respect pour les morts sont à inscrire dans le dessein divin pour tout homme. Dans la première lecture du Livre de la Sagesse, que nous avons lue, la vie est entre les mains de Dieu, c’est lui qui décide d’appeler quelqu’un vers lui à travers la mort . Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable. Qu’il meurt jeune ou vieux, il trouve « le repos » en Dieu. Par la mort et la résurrection de son fils Jésus-Christ, Dieu a ouvert une brèche, une perspective, une espérance pour tout homme. La mort n’est pas sans issue, elle devient un passage pour la vie, car Jésus, par sa résurrection, a racheté l’homme du pouvoir de la mort.

Et nous partageons cette espérance en la plénitude de la vie après la mort depuis le jour de notre baptême où nous sommes immergés dans la mort du Christ pour ressusciter avec lui.
Nous comprenons ce que dit l’apôtre Paul aux Romains « Si à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus-Christ, et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes » . Par le baptême, tous ceux qui ont été marqués du signe de la croix, forment une famille et c’est ce que l’on appelle la Communion des Saints. C’est au nom de cette même espérance que les vivants, marqués du signe de la croix, doivent prier pour les défunts, car ils ont tous la promesse de la même plénitude de vie dans le Seigneur.

Vous voyez même que la cérémonie des obsèques est calquée sur le rite baptismal, avec tous les signes : la croix, l’eau, la lumière,….

C’est au nom de notre foi, que nous avons le devoir de prier pour nos défunts, puisque nous formons une même famille. Alors, pour avoir part à cette famille, il faut certes être baptisé, mais il faut surtout « vivre d’amour ». C’est cela rester en tenue de service, la ceinture aux reins et garder la lampe allumée, comme nous le suggère l’évangile de ce jour.

Oui, il y a un intérêt à prier pour les morts, à vénérer les cimetières de nos défunts, puisque nous croyons qu’il y a une vie en Dieu après la mort. Et, c’est notre foi en Jésus-Chris, mort et ressuscité qui nous le permet.

« la vie, disait Pascal, est faite pour chercher Dieu, la mort pour le trouver, l’éternité pour lui appartenir ».

Père Chris GOMA

 2 Novembre 2019

Homélie de la « Tous Saints »

par le Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,  nous célébrons la fête de la Toussaint, Tous -saint, l’horizon auquel nous sommes tous conviés par Dieu : les lectures de ce jour sont toutes portées par la thématique du « Regard ».
Dans la première lecture du Livre de l’Apocalypse « Révélation, dévoilement, » l’évangéliste Jean écrit aux croyants, soumis à la persécution sous l’empereur Domitien, 95 avant J.C. C’est une vision, une invitation à la contemplation de la Victoire générale de Dieu, l’apocalypse véhicule le message d’Espérance : Dieu sera victorieux de nos persécutions par le mérite du sang de Jésus Christ.
Nous voyons, dans cette vision, ceux qui sont concernés ; c’est tout le monde. Comme l’appel à la sainteté est universel, il est « foule immense que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues »… Personne n’est laissé sur le carreau, personne n’est exclu. Point n’est besoin d’envisager le chemin de sainteté  comme celui des méritants, des pieux et des initiés. Puisque nous l’avons lu dans la deuxième lecture de l’épître de Saint Jean, où il est encore question de regard : l a sainteté est une affaire d’amour ; «  voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes ».

Notre appel à la sainteté se situe dans le dessein d’amour de Dieu pour l’humanité et il s’effectue déjà à travers le baptême qui nous fait devenir des Enfants de Dieu. Comme chrétiens, comme baptisés, nous sommes appelés à la sainteté et promis à la plénitude de vie avec la contemplation de Dieu à la rencontre finale : « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté nous le serons, quand cela sera manifesté, nous Lui serons semblables car nous le verrons tel qu’Il est ».

Comment vivre plus concrètement cette vie de sainteté dans notre monde actuel ? Comment se définir chrétiens, partageant le projet d’amour et de sainteté de Dieu, dans un monde qui va résolument aux antipodes de Dieu et de son Eglise ?

Le texte de l’évangile de Matthieu de ce jour semble répondre à cette question. Il s’agit des Béatitudes, autrement dit Bonne Nouvelle. Mais pour entrer dans l’intelligence de ce texte, il est une fois de plus question du « regard » ou d’entrer dans la vision de Dieu sur le Bonheur.
D’ailleurs le mot « heureux » scandé à chaque Béatitude, n’est pas à comprendre comme tel, sinon ce serait choquant d’entendre le Christ nous dire « heureux ceux qui pleurent ». Puisque la souffrance, la maladie, le deuil, comme les larmes qui en découlent sont à combattre. Même si, comme le disait le Pape François, il existe ce qu’on appelle « le don des larmes », ce sont celles de la repentance (chez Pierre), celles de la compassion (dues à la mort, la souffrance d’un tiers).
Ici la plus grande Béatitude est sans doute celle-ci : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux ». La pauvreté dont il est question, est une qualité, une disposition intérieure, autrement dit : l’Esprit de pauvreté, qui nous dispose à tout recevoir de Dieu. Sur le chemin de la sainteté, nous avons besoin d’un cœur de pauvre, pour être à même de recevoir toutes les autres béatitudes, afin d’être doux, avoir faim et soif de justice, avoir un cœur pur, être pacifique et endurants dans les persécutions.
Et ce chemin de sainteté, recèle un travail sur soi, un renoncement à soi, le chemin de la sainteté n’est pas un fleuve tranquille. Il appartient à ceux qui persévèrent et qui sont faibles et pauvres devant Dieu. C’est le chemin de l’amour et de la fidélité. C’est pourquoi Jean dit dans sa vision de l’apocalypse en présentant les victorieux « ceux-là viennent de la grande épreuve, ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau ». La sainteté est à la fois une conquête et un don. Ainsi le « Heureux « des Béatitudes de ce jour, est un cri d’encouragement : en marche ! Tiens bon ! Garde le cap, tu as encore de la chance. Ce n’est pas l’expression du bonheur humain acquis dans le pouvoir, l’avoir, le savoir. 

Homélie du 30ème Dimanche du Temps Ordinaire


par le Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, les textes  de la liturgie de ce dimanche gardent la même thématique que celle du dimanche précédent, à savoir la question de la prière.
Dans la première lecture, nous sommes attentifs à cette phrase de Ben Sirac Le Sage « La prière du pauvre traverse les nuées, tant qu’elle n’a pas atteint son but, elle demeure inconsolable ». La prière étant le lieu de la rencontre, de la connexion, de l’intimité, de l’amitié  avec Dieu.  Le pauvre dont il est question : Est-ce qu’il s’agit du pauvre dans sa condition de pauvre ? Le texte de Ben Sirac le Sage pouvait nous laisser entrevoir cela, lorsque l’on parle de l’opprimé, de l’orphelin, de la veuve. Est-ce parce qu’ils sont pauvres qu’obligatoirement ils seront entendus de Dieu ? Il n’est pas question de cette pauvreté, il est bien question ici de la pauvreté qui est de l’ordre de la disponibilité intérieure : la pauvreté du cœur.

L’orant doit être celui qui est vide, qui est en manque et qui est en disposition d’accueillir ce qui lui manque c’est le dénominateur commun de tous ceux qui constituent  les opprimés, les orphelins et les veuves qui sont tous en situation de manque.
Nous ne pouvons pas entrer en contact avec Dieu dans la prière avec toutes nos suffisances. Nous avons besoin d’être nus devant Lui, vides pour qu’il nous comble.

C’est dans cette perspective que nous comprenons la parabole de Jésus dans l’évangile de Saint Luc, l’évangéliste de la miséricorde. Ces deux orants qui nous sont présentés recèlent deux courants spirituels, deux attitudes divergentes, deux manières différentes de rencontrer, de tisser amitié avec le Seigneur.
Il nous faut, pour entrer dans l’intelligence de ce texte de l’évangile d’aujourd’hui, essayer de connaître la douleur mentale de Jésus, pour essayer de percer  ce qu’étaient en ce temps-là, les pharisiens et les publicains Deux castes à caractère religieux qui devaient peupler l’univers spirituel et temporel de Jésus.
Jésus avait pour ces deux castes deux griefs à chacun :

  • au sujet des pharisiens, constitués de l’intelligentzia de l’époque de Jésus, des gens imbus, repus des écritures, qui sont devenus  orgueilleux, hautains, suffisants vis-à-vis des autres.
    La prière du pharisien, telle que nous l’avons entendue aujourd’hui,  en dit long. Nous sommes devant une apologie, une démonstration de suffisance  « je ne suis pas comme les autres : voleurs, injustes, adultères, ou comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine  et je verse le dixième de ce que je gagne ».  
  • L’autre reproche fait aux pharisiens c’est l’hypocrisie  en ce sens que les pharisiens, connaissant la Parole de Dieu,  l’imposaient aux autres dans un formalisme exigeant et ne la vivaient pas eux-mêmes malheureusement, mais par contre seulement à leur convenance et lorsqu’Elle les arrangeait.
  • D’autre part, Jésus avait aussi deux sortes de reproches à l’endroit des publicains, c’est-à-dire des pécheurs publics. Et le paradigme du publicain c’est le collecteur d’impôts. Étant donné que la Palestine de Jésus était sous occupation romaine, les publicains étaient mal vus parce qu’en tant que collecteurs d’impôts ils travaillaient avec l’occupant romain, ils spoliaient le peuple. C’étaient des vendus, des « collabos » et des traîtres.
  • Le second grief à l’encontre des publicains : étant en contact avec l’argent, ils étaient malheureusement réputés être malhonnêtes. Voilà le tableau qui faisait d’eux des pécheurs publics, rebuts de la société. 

Et,  nous comprenons les termes de la prière du publicain qui bat sa coulpe, c’est une prière de contrition. Il reconnaît sa faute, il demande pardon. Alors que le pharisien est dans la suffisance, dans l’arrogance. C’est un homme comblé, rempli et bouché. On peut même dire qu’il n’a plus rien à attendre de Dieu. Le publicain, conscient de ses fautes et de ses limites, aborde le chemin de la prière,de la rencontre,  de l’intimité avec Dieu en toute humilité,  en toute pauvreté de cœur, en demandant  pardon.  On va dire qu’il est plus disponible à accueillir Dieu. Il a besoin de combler le vide de son cœur, remplir son insuffisance de la grâce de Dieu.

Bien aimés dans le Seigneur, la prière dans la vie ordinaire est faite de rencontre avec l’autre et le Tout Autre (à savoir Dieu). Comment oser la rencontre ? comment prétendre à une connexion, sans s’inspirer de l’attitude du publicain ? 

Nos rencontres, tout comme nos prières sont vouées parfois aux échecs parce qu’elles sont abordées avec nos suffisances, notre arrogance, notre orgueil. On ne lâche pas prise, on ne laisse pas la place à l’autre et au Tout Autre l’humilité, la pauvreté de cœur,  l’esprit d’accueil et la bienséance, peuvent être des portes pour de vraies rencontres, de vraies amitiés, de la vraie intimité et partant de là des vraies prières.
Osons la rencontre avec Dieu dans la prière, osons la rencontre avec les autres dans la vie. Mais, avant tout, dans une disposition intérieure qui touche le cœur de Dieu et la vie des autres.

29ème dimanche du temps ordinaire

Homélie du Père Chris Goma

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, la  liturgie de ce 29ème dimanche du temps ordinaire est traversée par la thématique de la prière.
Dans la première lecture du Livre de l’Exode, Moïse l’a choisie comme une arme puissante pour soutenir Josué et les combattants du peuple d’Israël attaqués par les amalécites. 

Nous sommes attentifs à cette phrase : « quand Moïse tenait la main levée, Israël était fort » ; la gestuelle de la prière est sans doute celle de la « main levée » ; elle se manifeste  lorsqu’on implore , demande, prie son Dieu. 

Mais dans notre culture, il y a une expression française qui dit qu’il ne faut pas baisser les mains, pour signifier qu’il faut tenir bon. Et je vois que cette expression s’apparente bien à ce qu’à fait Moïse : Moïse a levé les mains dans la prière pour soutenir son peuple dans le combat. 

Quelle est ton arme face aux détresses, aux souffrances, aux angoisses, à la maladie, aux deuils, à  tous ces combats pour la vie, que tu es entrain de vivre chaque jour ? Es-tu capable, comme Moïse, de trouver dans la prière, dans ta prière,  dans celle des autres  le réconfort tant cherché ?  car comme nous l’avons entendu, quand il était fatigué Moïse s’est fait aider par Aaron et Hour. Au lieu de t’enliser dans les plaintes, les jérémiades, de trouver la prophylaxie, la thérapie de nos maux dans les somnifères, les calmants, l’alcool et j’en passe…. une seule médecine nous est proposée en ce jour, c’est le contact avec notre Dieu et ce dans une supplication ardente.
Moïse a levé les mains tant qu’il a pu, après il s’est doté d’une aide précieuse Aaron et Hour qui l’ont soutenu dans ses détresses jusqu’à la victoire finale. Cette attitude s’apparente à juste titre à celle de la veuve importune qui réclamait justice auprès d’un juge, qui ne respectait ni Dieu, ni les hommes. Dans les deux cas, c’est à force de patience, à force de persévérance que leur requête a abouti. Rien dans le monde, rien dans ce monde ne se fait sans effort et sans persévérance.

Dans notre société, totalement connectée, où le monde est devenu souvent un village planétaire, où le virtuel tend à supplanter la réalité, surtout au milieu de la jeunesse,  où la télé réalité gouverne sur la réalité, les vertus de patience, les vertus de persévérance perdent leur crédit. On veut tout avoir en un temps record. Et cette attitude, peut malheureusement être une menace pour notre foi, notre relation avec Dieu. On peut être tenté d’informatiser, de télécharger notre foi et c’est ce qui génère et produit découragement, impatience, instabilité, infidélité dans notre vie de foi.

Prions le Seigneur pour qu’il nous donne la grâce de ne jamais baisser les bras devant les combats que nous vivons, qu’il nous donne la grâce de les lever aussi longtemps que durent nos combats et apparaîtraient nos victoires.

28ème dimanche du temps ordinaire

Homélie du Père Chris Goma

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,

Les textes de la  liturgie du 28ème dimanche du temps ordinaire contiennent un faisceau d’enseignement. Ils recèlent trois dénominateurs communs :

  1. Il s’agit bien de la guérison de lépreux. (dans la première lecture, on l’appelle Naäman, dans l’évangile ils sont au nombre de dix)
  2. Le lépreux qui est guéri est un étranger, un païen, c’est-à-dire étranger au peuple choisi, au peuple d’Israël. Dans la première lecture, Naäman, se trouve être Syrien et le lépreux qui ose rendre grâce dans l’évangile, est samaritain.

     3 . Parmi les lépreux guéris, certains font une démarche de gratitude.

 Cela dit : Pour entrer dans l’intelligence de ce texte  il nous faut commencer par situer dans le temps la condition du lépreux : La lèpre était une maladie à plusieurs incidences. Dieu guérit tout l’homme et tout homme.

  1. D’abord,le lépreux était meurtri dans sa chair, souffrance physique et démembrement étaient son lot quotidien, et comme tel il aspirait à la guérison physique.
  2. Dans l’imaginaire commun, la lèpre était une conséquence d’une infraction à la loi de Dieu, c’était un pécheur. En ce sens, il aspirait à la purification. C’est d’ailleurs ce mot qui est employé par Naäman le Syrien.
  3. Comme c’est une maladie contagieuse, le lépreux devait être assigné à résidence, exclu de la société, mis en quarantaine.

Les rares moments pendant lesquels il pouvait se déplacer, on lui mettait une clochette au cou et il criait « impur, impur » pour que les gens se dispersent et lui cèdent le passage.
Nous remarquons donc, avec ces descriptions,  que le lépreux aspirait à la guérison sociale, à une sorte de socialisation nouvelle, une intégration.
Ainsi, la condition du lépreux décrite littéralement nous invite à comprendre la nature et la valeur de sa guérison. Nous nous rendons bien  compte, à travers la guérison de ces lépreux que Dieu, en Jésus Christ, guérit tout homme et tout l’homme. Tout homme, parce que sa grâce ne fait exception de personne. Elle est portée vers les peuples étrangers, vers ce païen qui n’était pas du peuple juif. Il guérit tout l’homme, parce que c’est l’homme dans son intégralité : la santé physique, santé spirituelle (la purification), et la santé sociale (à travers la réhabilitation sociale, l’intégration, et la nouvelle socialisation). Ici, dans l’évangile, nous voyons le caractère déterminant de la figure du prêtre. Comme censeur, c’est à lui qu’incombait l’avis et la mission de déclencher la nouvelle socialisation pour le lépreux guéri.
Dans notre Société, la lèpre dont il est question peut s’apparenter aujourd’hui à des situations de pauvreté qui offusquent l’homme à tout point de vue : le chômage et la longue maladie avec leurs corollaires de souffrance physique et d’exclusion sociale. 

Notre mission, en tant que chrétiens est de soigner et de redonner une dignité dans un travail de réinsertion et d’intégration. L’autre lèpre est à point nommé notre appartenance fusionnelle à notre communauté , elle sape dangereusement l’unité du Corps du Christ qui est l’Eglise et génère : étroitesse d’esprit, exclusion, égoïsme, esprit de clocher… Elle a besoin d’être guérie par le baume suave et sacré de l’unité, de la fraternité, de l’humilité et de l’universalité que nous accueillons depuis notre baptême et si nous croyons que notre Dieu guérit l’homme et guérit tout l’homme, il nous faut passer à un autre palier : Il faut oser la rencontre.

Nos lépreux de l’Ecriture, ont été guéris parce qu’ils ont « osé la rencontre ». Ils ont brisé les tabous, les barrières qui les estampillaient, les barrières qui les cantonnaient dans leur situation d’exclus et les maintenaient en quarantaine. Ils ont déconstruit les murs qui les séparaient des autres hommes pour en faire des ponts. On ne peut pas guérir sans une démarche de foi, il nous faut pour ce faire, vivre, ce que le pape François appelait à si bon droit «une culture de la rencontre ». Elle suppose une déconstruction de notre imaginaire mental des relations avec autrui, cet imaginaire mental qui est truffé de préjugés, de réserves. 

La rencontre n’est pas facile, la rencontre n’est pas automatique, nous le voyons bien dans la première lecture, Naäman est parti vers le prophète  avec l’apparat relatif à son rang, à son nouveau vêtement de rechange, lingots d’or. Il croyait être reçu comme tel . Cependant le prophète n’avait pas daigné sortir pour le saluer. Il lui a demandé d’aller se laver au Jourdain se purifier ; ce qui a un peu offusqué  Naäman qui a voulu oser la rencontre sans se départir de ses préjugés et de ses acquis.
C’est comme nous aussi, comment déclencher la « culture de rencontre » dans les exclusions dont nous faisons montre s’il n’y a pas en nous une démarche d’humilité et d’accueil mutuel. La guérison sociale, l’intégration, n’est possible que dans l’humilité et dans l’estime mutuelle.
Naäman voulait tourner bride pour repartir, c’est un de ses gardes qui l’avait convaincu d’accepter de faire ce que le prophète lui demandait de faire (c’est ce que nous avons lu).
Pour terminer, nous avons à méditer sur l’attitude des lépreux de l’Evangile, notamment sur ceux qui sont revenus pour rendre grâce.  

Nous sommes malheureusement parfois proches de ces lépreux ingrats qui ne sont pas revenus pour rendre grâce. Ces neuf lépreux de l’Evangile, c’étaient des juifs, nous dirons  même «des ayant droit », qui ne vivaient que des droits et non des devoirs, ces enfants gâtés, qui ne se sentent jamais redevables vis à vis de quiconque. C’est le Samaritain, cet étranger qui fait la démarche de gratitude.
Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, demandons au Seigneur la grâce de nous dérober de la culture de la réclame, des jérémiades et de la contestation qui bouche dangereusement le chemin à l’action de grâce, à la reconnaissance et la gratitude. Dieu peut guérir tout homme et tout l’homme : OSONS LA RENCONTRE !

Homélie de la fête de Notre Dame du Rosaire

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,

La météo spirituelle des textes liturgique de ce dimanche affiche une température mariale. Cela va sans dire, le mois dans lequel nous sommes, le mois d’octobre, semble l’insinuer. Aujourd’hui, nous fêtons, selon la tradition de ce bourg et selon la paroisse, la messe anticipée du très saint Rosaire
Dans la lecture des Actes des apôtres, on nous présente Marie, partenaire, accompagnante de cette frange des disciples du Seigneur, orphelins de leur maître, prémices de ce que sera l’Église le jour de la Pentecôte. Ce n’est pas une présence accidentelle, mais bien plus la manifestation de sa fidélité à l’œuvre de son fils. Et cette fidélité est déjà présente en Marie depuis le jour de l’annonciation.

Dans l’Evangile nous est relaté le récit de l’annonciation de la Vierge Marie. Et nous allons prêter notre attention sur une qualité importante de la Vierge,Marie, à savoir sa disponibilité, sa foi.
Si l’on peut dire, d’une manière prosaïque, que le mérite de Marie ne se situe pas dans le fait de porter une grossesse et de donner la vie à un homme. Cela va sans dire, c’était une jeune fille, nous l’avons entendu dans l’Evangile, et elle était accordée en mariage à un homme de la maison de David appelé Joseph. Cela veut dire que, lorsque Dieu s’invite dans la vie de Marie, cette dernière n’était pas libre, mais engagée, occupée dans une relation amoureuse. Va-t-on dire que Dieu vient semer le désordre ? Pas sûr :il vient solliciter sa liberté, il la convie à faire la place, à lâcher prise devant la volonté souveraine de Dieu. Marie est appelée à éclater son cœur à la dimension universelle, être la mère du Seigneur de l’univers. Nous avons entendu : « tu vas concevoir et enfanter un fils ». Un projet, chers frères et sœurs,  qui tranche d’emblée avec son intérêt particulier, son projet matrimonial avec Joseph et qui embrasse l’intérêt général, à savoir : la maternité universelle. Cela n’a été possible que parce que Marie a manifesté sa foi et s’est rendue disponible : « voici la servante du Seigneur. Que tout m’advienne selon ta parole ».
L’attitude de Marie a quelque chose d’important à nous enseigner. Dans nos sociétés marchandes, la gratuité, le bénévolat, la disposition pour les autres se trouvent raréfiés. 

Dans nos vies compartimentées, remplies et saturées d’engagements professionnels, de problèmes de famille, des loisirs et de vacances, puissions-nous demander à Dieu, par Marie, la grâce de lire ce panneau de signalisation : »CEDEZ LE PASSAGE A DIEU » ? Savons-nous trouver du temps pour la prière, la méditation de la Parole, le ressourcement spirituel à travers les retraites, l’engagement dans un service paroissial ? Surtout en ce début d’année pastorale : l’accompagnement des malades, l’aumônerie, le catéchuménat, le service des obsèques, la liturgie, et j’en passe ??

Dans les programmes de nos enfants et petits enfants empêtrés de loisirs, de danse et de sport, savons nous faire la place pour une proposition de la foi, à l’aumônerie et au catéchuménat ?

On ne peut faire la place, sans perdre quelque chose de nous-même, sans sacrifier notre égo, sans sacrifier notre intérêt particulier, sans s’effacer. C’est la question à se poser , à nous qui sommes déjà engagés dans l’Église : sommes-nous capables, comme Marie, dans la réalisation de notre mission Ecclésiale de savoir  nous effacer, éclater nos cœurs et nos vies à la dimension du monde, à la dimension d’un grand nombre dans la gratuité et la simplicité ? Ne sommes-nous pas malheureusement prisonniers de nous-mêmes, de nos intérêts personnels et particuliers ? La figure de Marie, aujourd’hui,  purifie et sanctifie l’horizon de notre don et de notre Service à la suite du Christ.
Dieu nous aime ! Il compte sur nous ! Il veut nous aider à faire la place, à lâcher prise, à l’accueillir dans la gratuité, l’effacement, la foi et la simplicité. Tout pour la Gloire de Dieu et le salut de nos frères.

Homélie du 26ème Dimanche du Temps Ordinaire

DIMANCHE DE RENTREE PASTORALE à Arsac

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,

Les textes de la  liturgie que nous méditons aujourd’hui continuent sur la même thématique que ceux  de dimanche passé où il était question de la justice sociale, où il était question d’une pédagogie sur la richesse et l’argent. Comme dimanche dernier, nous retrouvons cette véhémence du prophète Amos vis à vis des riches de son temps, vis à vis des injustices sociales.


Le style que Amos prend est un style emphatique qui décrit l’écart croissant entre les riches et les pauvres. Le bien être est mesuré à l’aune de l’avoir, de la possession matérielle et nous voyons, dans les paroles d’Amos des accentuations particulières aux  réalités de nos pays du vin  lorsqu’il parle par exemple, comme nous l’avons entendu, de « boire le vin à même les amphores » ; je dirai : boire le vin à pleine carafe, à pleine barrique. Tout cela nous renseignait, plus ou moins, sur la manière dont les  contemporains de Amos étaient comblés et vivaient bien.


Pourtant la question que chacun de nous, entendant cette parole, peut se poser : 

  • Est-ce donc un procès contre les riches qui est fait dans ce texte ?
  • L’aspiration au bien-être, l’aspiration au bonheur n’est-elle pas l’horizon de toute vie ?

Amos, Chers Frères et Sœurs, ne veut certes pas blâmer la condition du Riche. Il met pourtant en garde contre la richesse qui produit des inégalités sociales, la richesse  qui fait accentuer l’indifférence, l’égoïsme, vis-à-vis des autres. La richesse qui nous cantonne à la sphère du terrestre et dans le monde de la consommation. Celle qui nous aveugle et nous bâillonne face à la  misère de notre humanité : son reproche au Riche est bien clair, nous l’avons entendu dans la première lecture : « qu’ils ne se retournent guère sur les désastres d’Israël ».


Combien sommes-nous encore, qui vivons en autarcie, prisonniers de nos avoirs, prisonniers de nos richesses ? 

Combien sommes-nous qui continuons à nous baigner dans ce que le Pape François appelait  à juste titre « la mondialisation de l’indifférence » . ? Nous qui sommes encore anesthésiés et avons les yeux bandés face aux appels incessants et pressants de la misère de notre monde et de notre environnement ?

Dans ce texte d’Amos, nous trouvons un dénominateur commun avec l’Evangile de ce jour. Le récit de Lazare nous secoue et nous atteint à l’effet sensationnaliste qui émeut quand nous entendons que: « c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher les plaies de Lazare». Les chiens accompliraient, comme on pourrait le dire, un acte chrétien et un acte profondément humain, ce sont les chiens qui ont prêté leur attention à Lazare qui gisait devant la porte du Riche, peut-on dire mieux, :ce sont les chiens qui ont prêté le plus d’attention à ce pauvre ?

La différence est tout à fait claire dans l’évangile ; l’homme riche avait même perdu son identité, vautré dans sa richesse, il était identifié par sa condition, c’est à dire qu’il était le riche, seul Lazare portait un nom  ; là aussi, ce qui est mis en valeur, c’est l’indifférence, l’autisme, la surdité spirituelle et l’aveuglement devant le pauvre Lazare qui gisait bien devant sa porte.

Peuple de Dieu ! Au début de cette année pastorale, ne ressemblons pas au Riche de la parabole, en bandant nos yeux face aux appels et aux besoins pastoraux qui réclament de notre part : engagement, investissement. Nous avons besoin de tout le monde, catéchumènes, catéchistes, responsables de l’aumônerie, choristes, liturgie,,,, Dieu nous appelle, Dieu nous interpelle à nous engager de plus en plus au service de nos communautés

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, la situation d’inégalité entre Lazare et le Riche s’est poursuivie jusqu’à la mort.  Nous avons entendu que le Riche était enterré et le pauvre  reçu dans le sein d’Abraham, le Père de la foi. La justice de Dieu a rectifié la situation. C’est aussi pour nous montrer, Chers Frères et Sœurs, que notre vie a un sens, notre vie est tournée vers l’horizon de Dieu.  Combien, dans notre monde actuel, devront se contenter d’être enterrés à leur mort sans vouloir recevoir la consolation du Père Céleste ?


La vraie richesse est celle d’arriver à voir Dieu.


Saint-Augustin le disait bien « tu nous as fait Seigneur et notre cœur est sans cesse inquiet tant qu’il ne repose en toi » et ce qui nous manque à tous, c’est ce que Saint-Augustin dira aussi plus loin « passe par l’homme et tu arriveras à Dieu ».

Nous sommes tous détenteurs de quelques richesses spirituelles qui s’appellent dons et charismes pour le service de Dieu et de son Église, demandons, chers Frères et Sœurs au début de cette année pastorale,  la grâce du partage, la grâce du service. Que Dieu fasse tomber de nous la chape du replis sur nous- mêmes, du replis sur nos égos, sur nos acquis séculaires. Qu’Il nous donne la grâce de relever la tête pour voir les « Lazare » des temps modernes qui vont nous aider à trouver Dieu.