31ème Dimanche du Temps Ordinaire

HOMELIE DU 3 NOVEMBRE 2019

Père Chris GOMA

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, l’épisode de Zaché, que nous relate l’évangéliste Luc de ce dimanche, nous renseigne sur l’amour incommensurable de notre Dieu pour chaque homme. Il nous décrit aussi l’itinéraire spirituel d’un renégat, racheté par cet amour là.
Nous sommes attentifs d’emblée à sa quête, c’est celle de tout homme. Si Zaché, comme chef des collecteurs d’impôt est un publicain,  c’est-à-dire un pécheur public, une personne peu recommandable, exclu de ses contemporains à cause de deux griefs principaux qui étaient portés à l’encontre des gens de cette caste qu’étaient les publicains du temps de Jésus .

Le premier grief : la Palestine de Jésus étant sous occupation romaine, les collecteurs d’impôt travaillaient  avec l’occupant romain et à ce titre étaient des collabos, des traîtres, ils travaillaient contre leur peuple et à ce titre, justement, n’étaient pas bien vus par le reste du peuple. 

Le deuxième grief c’est la malhonnêteté dont étaient affublés les gens de cet acabit, qui avaient quelques relations avec l’argent.  il est dit de lui qu’il cherchait à voir Jésus malgré sa condition.
Il y a en lui des pierres d’attente qui lui font désirer Dieu.

Cela me rappelle les paroles de Saint-Augustin : « Tu nous a fait, Seigneur,  pour toi et notre cœur est sans cesse inquiet tant qu’il ne repose en toi ». 

La quête de Zaché, c’est la quête de tout homme. Une quête parfois confuse, parfois diffuse, une quête consciente et inconsciente. Une quête par tradition ou par conviction. On va de l’avant, on va à tâtons, on va à reculons. Dieu se sert de tout pour nous faire marcher à sa suite…. Dieu nous prend là où nous sommes pour faire route avec nous.
De plus, Zaché prend conscience de ses limites dans cette marche vers le Christ : le mot « Foule » symbolise ici toutes les voix discordantes qui empêchent de goûter à la symphonie éternelle de Dieu. La « Foule » c’est l’expression de tout ce qui tire l’homme vers le bas, qui l’empêche de s’élever aux dimensions de Dieu.
Chacun de nous fait cette expérience sur le chemin de foi : les persécutions, les incompréhensions, les oppositions sont de cet ordre. En terme spirituel on parlera de la croix.  La vie spirituelle, disons l’ascension dans la vie spirituelle n’est pas exempte de croix. La « Foule » c’est tout ce que le supermarché du religieux nous propose comme produits. On s’y perd, tout se vaut : faire du yoga peut équivaloir à prendre un temps devant le Saint Sacrement, etc…

La deuxième limite dont Zaché prend conscience, c’est la « petite taille » : Zaché prend conscience de ses limites et de ses faiblesses. On ne va pas vers Dieu avec sa carapace, on est dépouillé ; la « petite taille » symbole de  l’esprit de pauvreté, de la pauvreté du cœur, de la faiblesse, de la vacuité intérieure qui a besoin d’être comblée par Dieu.

C’est donc à cause de son réalisme que Zaché peut prendre tous les moyens pour aller vers Jésus, il monte sur un « sycomore ». La quête de Dieu doit nous conduire à nous élever, à prendre de la distance avec tout ce qui nous retient vers le bas.  Le « sycomore » ici, est apparenté à tout ce que nous prenons comme engagement pour nous disposer, pour nous faire entrer en contact avec Jésus. Je peux citer les « sycomores » des temps modernes : la prière, la messe, la vie spirituelle , le service du frère, le service des pauvres, la Parole de Dieu, le salut au Saint Sacrement,  et j’en passe.  Autant d’ascenseurs qui nous élèvent à Dieu, qui nous font contempler la face du Christ. Quel est ton sycomore ? Qu’est-ce qui t’aide à avancer dans la vie spirituelle, à t’élever aux sphères célestes ?

Zaché, qui se donne les moyens pour rencontrer Jésus, se rend compte que le Christ l’avait deviné avant: « Zaché, descends vite, aujourd’hui je dois demeurer dans ta maison ». C’est cette réalité que nous avons à savoir : tous nos efforts spirituels, tous nos engagements pour Jésus et pour l’homme, n’ont pas pour but de nous faire vivre une vie éthérée loin de la réalité. La vie spirituelle, la vie en Christ, doit nous disposer à descendre pour investir l’ordre temporel de la présence et de l’action de Dieu. C’est le symbole de « Allez dans la paix du Christ » qui  sera donné à la fin de chaque messe. C’est dans la mission que nous avons à partager tout ce que nous recevons dans chaque Eucharistie.
Jésus va chez Zaché, le publicain, cela indigne ses contemporains, mais c’est pourtant le signe de la miséricorde, le signe de l’amour infini de Dieu, qui ne catégorise pas, qui ne diabolise pas l’homme, Il lui donne toujours la chance de rebondir.
Zaché, le honni des hommes, pourtant aimé de Dieu, c’est l’itinéraire de chacun de nous dans le domaine de la foi ; et quand on a compris cela on fait comme lui : « Voici, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et si j’ai fait du tord à quelqu’un, je vais lui rendre au centuple ». A travers ces paroles fortes, Zaché prend la résolution de réparer ses crimes. On ne peut pas rencontrer Jésus et rester le même. La vie en Dieu nous transfigure, nous renouvelle, c’est la conversion. La conversion passe aussi par la réparation, c’est une question de justice. Dieu justifie Zaché le publicain lui à son tour rend justice à tous ceux qu’il a offensés.

Dieu t’aime, Dieu nous aime