28ème dimanche du temps ordinaire

Homélie du Père Chris Goma

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,

Les textes de la  liturgie du 28ème dimanche du temps ordinaire contiennent un faisceau d’enseignement. Ils recèlent trois dénominateurs communs :

  1. Il s’agit bien de la guérison de lépreux. (dans la première lecture, on l’appelle Naäman, dans l’évangile ils sont au nombre de dix)
  2. Le lépreux qui est guéri est un étranger, un païen, c’est-à-dire étranger au peuple choisi, au peuple d’Israël. Dans la première lecture, Naäman, se trouve être Syrien et le lépreux qui ose rendre grâce dans l’évangile, est samaritain.

     3 . Parmi les lépreux guéris, certains font une démarche de gratitude.

 Cela dit : Pour entrer dans l’intelligence de ce texte  il nous faut commencer par situer dans le temps la condition du lépreux : La lèpre était une maladie à plusieurs incidences. Dieu guérit tout l’homme et tout homme.

  1. D’abord,le lépreux était meurtri dans sa chair, souffrance physique et démembrement étaient son lot quotidien, et comme tel il aspirait à la guérison physique.
  2. Dans l’imaginaire commun, la lèpre était une conséquence d’une infraction à la loi de Dieu, c’était un pécheur. En ce sens, il aspirait à la purification. C’est d’ailleurs ce mot qui est employé par Naäman le Syrien.
  3. Comme c’est une maladie contagieuse, le lépreux devait être assigné à résidence, exclu de la société, mis en quarantaine.

Les rares moments pendant lesquels il pouvait se déplacer, on lui mettait une clochette au cou et il criait « impur, impur » pour que les gens se dispersent et lui cèdent le passage.
Nous remarquons donc, avec ces descriptions,  que le lépreux aspirait à la guérison sociale, à une sorte de socialisation nouvelle, une intégration.
Ainsi, la condition du lépreux décrite littéralement nous invite à comprendre la nature et la valeur de sa guérison. Nous nous rendons bien  compte, à travers la guérison de ces lépreux que Dieu, en Jésus Christ, guérit tout homme et tout l’homme. Tout homme, parce que sa grâce ne fait exception de personne. Elle est portée vers les peuples étrangers, vers ce païen qui n’était pas du peuple juif. Il guérit tout l’homme, parce que c’est l’homme dans son intégralité : la santé physique, santé spirituelle (la purification), et la santé sociale (à travers la réhabilitation sociale, l’intégration, et la nouvelle socialisation). Ici, dans l’évangile, nous voyons le caractère déterminant de la figure du prêtre. Comme censeur, c’est à lui qu’incombait l’avis et la mission de déclencher la nouvelle socialisation pour le lépreux guéri.
Dans notre Société, la lèpre dont il est question peut s’apparenter aujourd’hui à des situations de pauvreté qui offusquent l’homme à tout point de vue : le chômage et la longue maladie avec leurs corollaires de souffrance physique et d’exclusion sociale. 

Notre mission, en tant que chrétiens est de soigner et de redonner une dignité dans un travail de réinsertion et d’intégration. L’autre lèpre est à point nommé notre appartenance fusionnelle à notre communauté , elle sape dangereusement l’unité du Corps du Christ qui est l’Eglise et génère : étroitesse d’esprit, exclusion, égoïsme, esprit de clocher… Elle a besoin d’être guérie par le baume suave et sacré de l’unité, de la fraternité, de l’humilité et de l’universalité que nous accueillons depuis notre baptême et si nous croyons que notre Dieu guérit l’homme et guérit tout l’homme, il nous faut passer à un autre palier : Il faut oser la rencontre.

Nos lépreux de l’Ecriture, ont été guéris parce qu’ils ont « osé la rencontre ». Ils ont brisé les tabous, les barrières qui les estampillaient, les barrières qui les cantonnaient dans leur situation d’exclus et les maintenaient en quarantaine. Ils ont déconstruit les murs qui les séparaient des autres hommes pour en faire des ponts. On ne peut pas guérir sans une démarche de foi, il nous faut pour ce faire, vivre, ce que le pape François appelait à si bon droit «une culture de la rencontre ». Elle suppose une déconstruction de notre imaginaire mental des relations avec autrui, cet imaginaire mental qui est truffé de préjugés, de réserves. 

La rencontre n’est pas facile, la rencontre n’est pas automatique, nous le voyons bien dans la première lecture, Naäman est parti vers le prophète  avec l’apparat relatif à son rang, à son nouveau vêtement de rechange, lingots d’or. Il croyait être reçu comme tel . Cependant le prophète n’avait pas daigné sortir pour le saluer. Il lui a demandé d’aller se laver au Jourdain se purifier ; ce qui a un peu offusqué  Naäman qui a voulu oser la rencontre sans se départir de ses préjugés et de ses acquis.
C’est comme nous aussi, comment déclencher la « culture de rencontre » dans les exclusions dont nous faisons montre s’il n’y a pas en nous une démarche d’humilité et d’accueil mutuel. La guérison sociale, l’intégration, n’est possible que dans l’humilité et dans l’estime mutuelle.
Naäman voulait tourner bride pour repartir, c’est un de ses gardes qui l’avait convaincu d’accepter de faire ce que le prophète lui demandait de faire (c’est ce que nous avons lu).
Pour terminer, nous avons à méditer sur l’attitude des lépreux de l’Evangile, notamment sur ceux qui sont revenus pour rendre grâce.  

Nous sommes malheureusement parfois proches de ces lépreux ingrats qui ne sont pas revenus pour rendre grâce. Ces neuf lépreux de l’Evangile, c’étaient des juifs, nous dirons  même «des ayant droit », qui ne vivaient que des droits et non des devoirs, ces enfants gâtés, qui ne se sentent jamais redevables vis à vis de quiconque. C’est le Samaritain, cet étranger qui fait la démarche de gratitude.
Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, demandons au Seigneur la grâce de nous dérober de la culture de la réclame, des jérémiades et de la contestation qui bouche dangereusement le chemin à l’action de grâce, à la reconnaissance et la gratitude. Dieu peut guérir tout homme et tout l’homme : OSONS LA RENCONTRE !