16ème dimanche du Temps Ordinaire 

HOMELIE DU 19 JUILLET  2020

Père Chris GOMA

Aujourd’hui nous sommes le 16ème dimanche du Temps Ordinaire, la liturgie nous invite à méditer sur les textes suivants :

  • Lecture du livre de la Sagesse (12, 13.16-19)
  • Psaume 85, avec comme refrain : « Toi qui es bon et qui pardonnes, écoute ma prière, Seigneur ! »
  • Lecture de la lettre de saint Paul aux Romains (8, 26-27)
  • Évangile de saint Matthieu (13, 24-43)

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, Vous tous qui êtes présents constituez une portion du Champ de Dieu, pour recevoir la semence du Royaume ! Je vous salue dans la joie de nous retrouver encore ce dimanche pour écouter, méditer et mettre en pratique la parole de Dieu qui nous est proposée en ce temps de vacances, mais aussi de contraintes dues à la Covid19. La peur a tendance à s’emparer de nous tous. Il y a de quoi se décourager ! Et pourtant, par nous, Dieu travaille dans ce monde discrètement comme le levain fait lever la pâte. Nous pourrions cependant nous demander : « qui sommes-nous ? » Un mélange hétérogène du Bien et du Mal, du Bon grain et de l’ivraie, une communauté de fervents et de lâches, pèle mêle comme nous le dit l’Evangile ? Mais la bonté de Dieu patiente, nous rappelle la première lecture et n’oublions pas que l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, nous dit la deuxième lecture.

Dans la première lecture, à l’image d’un Dieu vengeur, l’auteur sacré substitue un Dieu patient.  A la différence d’un homme qui montre sa force lorsque sa puissance est discutée et qui réprime avec dureté ceux qui bravent sciemment son autorité, notre Dieu juge avec indulgence. Il gouverne avec beaucoup de ménagement.  Pourtant, il est parfois déconcertant, pour nos esprits scandalisés, de voir le mal impuni. Dieu se présente toujours comme celui qui accorde au Pécheur le temps de conversion. Sa patience déconcerte. Nous n’avons donc pas à discuter ses jugements. Ils ne sont pas injustes comme nous sommes nombreux à le penser. Dieu nous enseigne plutôt à être plus humains et fraternels. Cette leçon sur la patience divine prépare celle de la parabole du bon grain et de l’ivraie que le maître laisse pousser ensemble jusqu’à la moisson dans l’évangile.

En effet, dans la longue parabole de l’ivraie semée dans le bon grain, les deux autres, les plus petites de la graine de moutarde et du levain dans la pâte, se trouvent illustrer le Royaume des cieux. Cependant, ce Royaume comprend évidemment l’Eglise, mais plus largement l’action de Dieu dans le monde.

L’explication évangélique elle-même dit que : « Celui qui a semé le bon grain, c’est le Fils de l’Homme », le Messie… C’est à dire Jésus lui-même. « …le bon grain, ce sont Les fils du Royaume, Le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais » , ceux qui refusent Dieu et son envoyé.

Vient alors la grande et angoissante question des serviteurs dans laquelle nous nous reconnaissons facilement : « d’où vient l’ivraie ? » Toi Dieu « Le Bon » Tu as semé du bon grain ; d’où vient ce désordre ? d’où viennent tant de souffrance, d’injustice et de Mal dans le Monde ? Dans notre église, tu nous as éduqués à la foi, l’espérance et la charité , d’où viennent tant de scandales, la haine, la jalousie, l’exclusion et le mépris des autres ? Dans le mariage Tu nous prépares à la fidélité, la fécondité et l’amour. D’où viennent tant d’égoïsme et d’infidélités ? Et en nous-mêmes y a-t-il deux hommes ? Puisque, comme le ressentait déjà Paul dans sa lettre aux Romains (Rom 7,14-25) « Le bien que je veux faire, je ne le fais pas, le mal que je ne veux pas faire, je le fais » : Tiraillement, implosion intérieure. 

Jésus leur dit : « C’est l’ennemi qui a fait cela » . Ce n’est pas pour les dédouaner, parce qu’il précise « c’est dans leur sommeil ». Dans des situations de manque de vigilance, de somnolence, nous Laissons libre cours à l’ennemi qui dévaste le projet de Dieu en nous. L’ennemi, c’est celui qu’on appelle le diable, en grec diabolos, « celui qui divise », son rôle est de diviser l’homme de son Dieu. Jésus affirme que le mal dépasse l’homme.

Les serviteurs proposent alors : « Veux-tu donc que nous allions l’enlever ? ». Autrement dit : allons faire la guerre aux indignes et aux pêcheurs de nos communautés. Jésus dit non : Il prend la liberté avec la réalité courante ; c’est parce que la parabole est pour lui un prétexte pour donner un enseignement spirituel. Car les pharisiens, c’est à dire « les purs » éliminaient de leur communauté « les impurs » ils Les excluaient gaillardement et impitoyablement. Ils voulaient une Eglise sans ivraie. Jésus cependant accepte dans sa communauté Mathieu  (le publicain), Marie Madeleine (la prostituée)(lc 8, 1-3). La raison profonde de cette patience est qu’il n’appartient à personne, en dehors de Dieu, de juger qui que ce soit. Et de fait les apparences sont trompeuses.

Telle personne qui communie chaque dimanche est peut-être plus loin de Dieu que telle autre que nous méprisons. Dieu lui-même attend pour juger. Il laisse à chacun sa chance et croit à l’humainement impossible : que l’ivraie se change en bon grain. Dieu nous donne le temps de la maturation dans le bien, de la conversion : « laissez-les pousser ensemble ». Voilà le mot de la fin … Patience jusqu’à la moisson. On risquerait en enlevant vite le pécheur, d’arracher en même temps le Fils du Père.

Peuple de Dieu ! Quelle Eglise recherchons-nous ? une Eglise des purs ? quel degré de foi est donc requis pour baptiser, admettre à la profession de foi, au mariage à l’Eglise ? Questions délicates. Ce qui est clair et que Jésus récuse une Eglise élitiste, sectaire à la limite, où ne seraient admis que les irréprochables. Et qui donc est irréprochable ? 

D’ailleurs, les deux paraboles qui suivent celle du bon grain et de l’ivraie, à savoir celles de la graine de moutarde et du levain dans la pâte, nous montrent que le droit de Dieu finit toujours par triompher. 

À la moisson, l’ivraie sera brûlée, la graine de moutarde, apparemment insignifiante, produira un grand arbre, le levain fera lever la farine. Aujourd’hui encore nous sont partagés la confiance et l’espérance en Dieu. 

Paraboles réconfortantes aux heures de pessimisme et d’échec pour l’homme de peu de foi, comme le disait Mgr de CARRY.

« travaillons, nous aurons l’éternité pour nous reposer ».

DIEU N’ABANDONNE PAS SON PEUPLE

Amen

Votre Frère, 

Abbé Chris Brunel GOMA