15ème dimanche du Temps Ordinaire 

Père Chris GOMA

Aujourd’hui nous sommes le 15ème dimanche du Temps Ordinaire, la liturgie nous invite à méditer sur les textes suivants :

  • Lecture du livre du prophète Isaïe (55, 10-11)
  • Psaume 64, avec comme refrain : « Tu visites la terre et tu l’abreuves Seigneur, tu bénis les semailles  ! »
  • Lecture de la lettre de saint Paul aux Romains (8, 18-23)
  • Évangile de saint Matthieu (13, 1-23)

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, un dimanche « d’optimisme formidable » que nous pouvons, nous chrétiens, qualifier d’espérance. Ce dimanche d’espérance que notre mère l’Eglise nous donne à célébrer, malgré les échecs, la semence semée par le Christ dans le monde lèvera ; la première lecture et l’évangile nous en donnent la graine. De plus, même notre monde,  qui passe par des douleurs d’enfantement, va vers un point culminant, la libération, comme exprimé dans la deuxième lecture.

Pourtant, cette souveraine et inévitable réussite du plan de Dieu ne force pas ma liberté. « Serai-je terre aride, sol pierreux, buisson étouffant ou bonne terre pour accueillir le Christ ? » Voilà la question que nous avons sûrement commencé à nous poser en écoutant les lectures d’aujourd’hui.

Biens aimés dans le Seigneur, dans la première lecture le prophète Isaïe parle à un peuple exilé, rongé par le doute et le manque de confiance en Yahvé. Le prophète, celui qui parle au nom de Dieu,  proclame la puissance de Dieu, qui reste aussi vraie, alors que journellement ce peuple conteste cette puissance : « que la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plait, sans avoir accompli sa mission ». Le rôle du prophète est de parler au nom du Seigneur, au nom de Dieu. C’est cette affirmation que Jésus reprendra dans la parabole du semeur de l’évangile de ce jour. Le grain semé, malgré les premier échecs, finit par porter du fruit au centuple. Faisons nôtre cet acte de foi au milieu de nos craintes et de nos échecs, surtout dans cette période post-confinement de la relance sociale et économique. Les échecs sont certes provisoires, mais Dieu, et c’est ça notre espérance, fera lever la semence envers et contre tout.

Dans l’Evangile de Matthieu, que nous avons lu, nous est relatée la parabole du semeur. C’est la première d’une demi-douzaine et certainement la plus longue aussi. La parabole est un récit inventé de toute pièce, parfois une comparaison dont il faut découvrir le sens caché et le point culminant. Matthieu divise sa parabole en trois parties : la parabole elle-même, l’explication et entre les deux, nous avons une digression sur les raisons de cet enseignement en parabole. 

Pour une meilleure intelligence du texte, nous gardons ensemble la parabole et son interprétation : « Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger ». Échec total. « D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde » :  un début de succès, mais faute de racines, ils ont séché. Echec encore. Une troisième partie est tombée sur un terrain broussailleux, elle lève et semble réussir, mais les ronces ont poussé aussi vite quelles et les ont étouffées : Trois échecs successifs, de quoi nous décourager. Finalement d’autres grains sont tombés enfin dans la bonne terre et ont donné du fruit.

En effet, on reconnait facilement le semeur, dont la semence est mangée par les oiseaux, brulée par le soleil, étouffée par les ronces, ce semeur c’est le Christ lui-même qui vient de subir une série d’échecs. Déjà les pharisiens ont décidé de le faire périr !

Devant tant de déboires, il y a de quoi désespérer. Déjà certains disciples prennent leurs distances face à son enseignement. Jésus, à travers cette parabole, veut réconforter ceux qui restent et à travers eux, il veut affermir notre propre confiance mise à l’épreuve par les échecs répétés : l’abandon de la pratique religieuse, la jeunesse qui déserte nos églises, la masse incroyante, la peur du lendemain laminé par la Covid, les efforts des parents et éducateurs souvent mal compris. Il y a échec, mais le projet d’Amour du Père se réalisera. Et cela, magnifiquement.

Vos efforts ne sont pas vains. Le point culminant de cette parabole est donc dans l’appel à la confiance, à la persévérance. Elle reprend, comme nous l’avons dit déjà, la prophétie de la première lecture d’Isaïe : «… ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat… ». Donc, ne nous résignions pas.

On est surpris, après cette parabole, centrée sur la réussite finale de la mission, d’entendre une explication centrée elle-même sur la bonne disposition de l’auditoire. La parabole était un appel au semeur à semer malgré les difficultés. L’explication devient un appel au « terrain », donc aux foules, à bien accueillir le message. L’accent s’est nettement déplacé !

Pratiquement, nous avons ici deux paraboles et sous les mêmes images se cachent deux appels : L’un au prédicateur, l’autre à l’auditoire. Du fait de notre baptême, Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur, nous sommes l’un et l’autre, semeur et terrain, prédicateur et auditoire. Entendons ces deux pointes, suivant les deux appels. Comme semeur, nous sommes appelés à la persévérance, à la confiance et comme terrain ou auditoire. C’est à chacun de méditer pour savoir quel genre de terrain il est : le chemin, le sol pierreux, le buisson étouffant, la bonne terre ? En tout cas : Rien n’est perdu pour Dieu

DIEU N’ABANDONNE PAS SON PEUPLE

Amen

Votre Frère, 

Abbé Chris Brunel GOMA